Hoveyda et
la franc-maçonnerie
Maçonnerie a agi en Iran comme une organisation politique au service des intérêts de la Grande-Bretagne, de sorte que la plupart des personnalités publiques occupaient leur poste parce qu'elles appartenaient à cette formation, ou en devenaient membres après être nommées à ces postes. Pendant longtemps, cette formation gérait ainsi les affaires iraniennes et cela continue toujours. Elle englobait la noblesse et les familles les plus riches du pays et mettait en œuvre les décisions de l'empire britannique.
Un des plus importants espions anglais au Moyen-Orient et en Europe était Jamal ed-din Assadabadi portant des noms différents selon les pays où il se trouvait. Seyyed Djamal ed-din était le maître suprême de la franc-maçonnerie, membre de plus de 9 loges au Moyen-Orient et en Europe, un des plus importants espions britanniques. Son portrait, habillé en maître suprême de la franc-maçonnerie était affiché à la loge Homayoun, puis à la loge Molavi, de même qu'à la Grande loge nationale de l'Iran. Actuellement, il est affiché à la loge franc-maçonnique Assadabadi du régime islamiste.
Sous son règne, Mohammad Réza Chah autorisa tout d'abord la création d'une loge maçonnique appelée « loge Pahlavi » (Homayoun) à la tête de laquelle se trouvait un certain Djavaheri. Ernest Péron était très actif dans cette loge et considéré comme étant le lien entre Mohammad Réza Chah et la loge.
La mauvaise réputation de la franc-maçonnerie en Iran a fait que le lien entre le Chah et cette formation a été gardée secrète. Cependant, durant tout son règne, Mohammad Réza Chah a soutenu les francs-maçons qui, en échange, lui étaient extrêmement fidèles.
Après le 19 août 1943, un nouveau groupe de personnes d'affinité américaine occupèrent les postes gouvernementaux. Ils regardaient de mauvais œil les anciens francs-maçons de l'obédience anglaise. Ils avaient leur propre culture et se réunissaient entre eux.
Mohammad Réza Chah n'avait pas de préférence et tentait d'avoir de bonnes relations avec l'un ou l'autre groupe. Il respectait énormément Charif Emami, dirigeant de la franc-maçonnerie.
A la fin du printemps 1955, la loge Homayoun se réunit une dernière fois et après discussions définitives procéda à son auto-dissolution.
Mohammad Khalil Djavaheri qui, selon la loge de Lumière, supervisait « comme un Dieu » l'action des hommes politiques membres de la loge Homayoun, prépara le terrain à la création de la loge Molavi en Iran.
Dans ce cadre, le maître suprême de la grande loge nationale de France lui adressa un courrier.
Dès la création de la Savak, les Américains ont voulu que toutes les organisations politiques ou non politiques ainsi que toutes les organisations internationales ayant un bureau en Iran soient placées sous le contrôle du 3e bureau général. Cette exigence englobait aussi bien la franc-maçonnerie que le bahaïsme. Le conseiller américain placé au 3e bureau supervisait ce contrôle et transmettait directement à la CIA toute information qui lui semblait utile. Ainsi, dès 1957, les Américains ont réussi à déchiffrer l'organisation de la franc-maçonnerie en Iran. Au sein du 3e bureau, un service était consacré aux affaires relatives à la franc-maçonnerie et quelques autres groupements. Ce service comprenait deux fonctionnaires :
Un chef de service et son adjoint. Périodiquement (approximativement tous les six mois), ce service publiait un bulletin consacré exclusivement à la franc-maçonnerie qui reflétait les actions menées par la franc-maçonnerie durant les six derniers mois, ses réunions, ses discussions, la composition de sa direction et le nombre de ses membres. Même si Mohammad Réza Chah était personnellement au courant des activités de la franc-maçonnerie, il recevait un exemplaire de ce bulletin par l'entremise du « Bureau particulier des renseignements ».
Une autre activité du service, en relation avec la franc-maçonnerie, était la suivante : Dans les organismes publics, lorsqu'un chef était informé que son subordonné était franc-maçon, pour se dégager de toute responsabilité dans l'avenir, questionnait la Savak pour son habilitation. La Savak répondait sans exception : « il n'y a aucun empêchement ». Evidemment, dans leur courrier, ni la personne qui questionnait la Savak, ni dans la réponse de la Savak, n'était mentionné le mot franc-maçon. Le Chah dirigeait toutes les loges maçonniques, c'est pourquoi toutes les informations relatives aux réunions des loges lui étaient directement communiquées.
Hoveyda était un franc-maçon. Alors qu'il occupait le poste de Premier Ministre, l'Iran était submergé de loges maçonniques. Les relations anciennes et secrètes entre Hoveyda et Ernest Van Heg, grand maître de la maçonnerie française démontrent qu'il s'était probablement adhéré à cette formation dès les années 1951-1956 alors qu'il était en poste au siège des Nations-Unies à Genève. De retour en Iran, il a bénéficié du soutien des maçons iraniens et étrangers. Il ne faut pas oublier que deux personnes influentes qui ont permis à Hoveyda de gravir les échelons étaient Radjabali Mansour et Abdollah Entézam, tous deux membres éminents de la franc-maçonnerie iranienne.
Quant à l'appartenance maçonnique de Hoveyda, il existe de nombreux documents que nous énumérons ci-dessous :
1) 8 documents montrent la présence de Hoveyda aux réunions de la loge Molavi en 1958 dont un le qualifie de grand maître.
2) 7 documents prouvent la participation de Hoveyda aux réunions de la loge Téhéran pendant la période 1958-1968. Un de ces documents rapporte qu'en 1968, les réunions de la loge de Téhéran dépendant de la loge écossaise se tenaient soit chez Amir Abbas Hoveyda, soit chez Djavad Mansour.
3) 5 documents relatent la présence de Hoveyda aux réunions de la loge « Lumière » dans les années 1958-1968.
4) 2 documents font part de la présence de Hoveyda, Assadollah Alam, le général Nématollah Nassiri (chef de la Savak) et un certain nombre de hautes personnalités du régime Pahlavi aux réunions de la grande loge nationale d'Iran (23.09.1971 et 05.10.1972).
5) 2 documents datés du 04.03.1969 et 15.11.1969 font état de l'adhésion de Hoveyda à la loge Kourosh.
6) 1 document daté de 1973 indique que Hoveyda est membre de la loge Foroughi.
Outre ces documents, nous en disposons d'autres qui démontrent le rôle clé de Hoveyda dans la franc-maçonnerie iranienne. Nous en rapportons ci-dessous les plus importants :
La liste de certains francs-maçons du gouvernement Hoveyda
En date du 28.04.1973, le 3e bureau général a annoncé comme suit les membres francs-maçons du Cabinet de Hoveyda :
Amir Abbas Hoveyda (loge Téhéran). Mahmoud Ghavam Sadri (ministre conseiller). Nassir Assar vice-Premier Ministre (loge Jeanne d'Arc). Hassan Zahédi ministre de l'Intérieur (loge Ahwaz). Manoutchehr Parto ministre de la Justice (loge Kourosh). Madjid Rahnama ministre des Sciences et de l'Enseignement supérieur (loge Téhéran). Fatollah Sotoudeh ministre de la Poste, du Télégraphe et des Communications (loge Jeanne d'Arc). Mehrdad Pahlbod ministre de la Culture et de l'Art (loge Kourosh). Iraj Vahidi ministre de l'Agriculture (loge Khayyam). Djavad Mansour ministre de l'Information (loge Kourosh). Houchang Ansari ministre de l'Economie (loge Khayyam).
Le 22.09.1973, l'agent spécifique de la Savak a établi comme suit les membres de la loge Foroughi qui tiennent leur réunion à l'Institut Razi :
Seyyed Hassan Emami, Mostapha Tadjaddod, Assadollah Soufi, Réza Fallah, Mahmoud Ghavam Sadr, Iradj Vahidi, Djavad Mansour, Farhang Mehr, Saïd Malek, Nasser Yéganeh, Ali Marandi, le général Addollah Zelli, Rachid Haéri, Abassali Gilchaïan, Abdollah Saïdi, Houchang Ghorbani, Ali Asghar Sarsabili, Djavad Ghadr, Manoutchehr Sanéï, Ali Akbar Sadegh, Tchanguiz Kafaï.
La construction de l'immeuble de la franc-maçonnerie
Rapport de Savak
L'achat d'un terrain à Téhéran Pars n'a pu se réaliser pour une raison inconnue. Récemment un terrain d'une superficie de 15 000 m² faisant partie des biens appartenant à l'organisation des legs près de la place Chahyad a été acheté pour le prix de 40 tomans le m² soit au total 600 mille tomans.
La rumeur parmi les membres de la franc-maçonnerie veut que ce montant a été versé par le Chah Aryamehr et que messieurs le Premier Ministre (Hoveyda) et Charif Emami ont effectué les démarches nécessaires auprès de M. Assar, vice Premier-Ministre et responsable de l'Organisation des legs (rapport de la Savak. 31.12.1970).
Rapport de Savak
En vertu des ordres du roi, les terrains situés autour de la place Chahyad ont été mis à la disposition de l'armée. C'est pourquoi la grande loge d'Iran tente de trouver un terrain autour de Tehran Pars en vue d'y bâtir un immeuble.
Il est rapporté également que M. Hoveyda, l'ancien Premier-Ministre, aurait fait passer les frais de construction de l'immeuble de la grande loge d'Iran dans le budget approuvé par le Parlement (rapport à la Savak. 05.11.1977).