La chute de Hoveyda
Un jour, en 1976, encore Premier Ministre, Hoveyda convoqua Hossein Fardoust (un des chefs de reseignement iranien qui trahit le chah) à son bureau. La raison de cette convocation consistait à discuter des abus financiers. Lors de ce tête-à-tête, Hoveyda interpelle comme suit Hossein Fardoust :
« Une des conditions qui justifie l'occupation des postes sensibles par certaines personnes réside dans leur sincérité et leur manque de corruption. Un ministre corrompu équivaut à un ministère corrompu. Cependant, vous adressez le dossier d'un ministre coupable d'avoir détourné plusieurs milliards aux archives du ministère de la Justice et poursuivez son subordonné pour un abus de 500 tomans ! »
Cette discussion avait lieu au moment où se déroulaient les élections américaines. Au milieu de la discussion le téléphone sonna. Hoveyda répond. Jimmy Carter avait remporté les élections. Hoveyda dit tristement à Fardoust : « Carter a gagné, il faut fermer nos valises et Partir ! »
Quelle a été la raison de l'inquiétude de Hoveyda ? La raison en était que depuis la nomination de Ardéchir Zahédi au poste d'ambassadeur aux Etats-Unis, celui-ci avec l'aide de Alam, profitant de la naïveté du Chah et de Hoveyda, les encourageait à s'investir dans les élections américaines. Le Chah, ivre des pétrodollars, mettait à sa disposition des sommes colossales. Cette ruse se réalisa une fois pendant les élections américaines, Zahédi ayant reçu des millions de dollars du Chah, qu'il investit au profit de Richard Nixon bénéficiait de la sympathie du monarque.
En réalité, cet argent fut partagé avec Alam et avait été servi aux débauches de Zahédi aux Etats-Unis. Par hasard, Nixon remporta les élections et le Chah mit cette victoire à l'actif de lui-même et de Zahédi ! Si le Chah imaginait que les dépenses des sociétés pétrolières et des fabricant d'armes pour la victoire d'un candidat étaient inutiles et que les 40-50 millions de dollars dilapidés par Zahédi faisaient pencher la balance, cela démontre la naïveté et la fierté du Chah et point le savoir-faire (trahison) de Zahédi et de Alam ! Bref, Richard Nixon eut de bonnes relations avec le Chah, tandis qu'Edouard Kennedy fut frustré. Peu de temps après, Nixon fut obligé de démissionner suite au scandale de Watergate et remplacé par Gerald Ford.
Lors des futures élections, Alam et Zahédi jouèrent le même tour, entraînant Hoveyda et le Chah dans les élections américaines au profit du candidat républicain, Gerald Ford. Des dizaines de millions de dollars furent transférés sur le compte de Zahédi, qu'il utilisa comme par le passé pour ses débauches et à l'achat de cadeaux pour des personnalités américaines. Or, cette fois-ci, Carter et les démocrates remportèrent les élections provoquant l'inquiétude du Chah et de Hoveyda.
Bref, le Chah et Hoveyda, s'ingérant dans les affaires électorales américaines, s'attirèrent les foudres des démocrates. Avec l'arrivée au pouvoir de Carter, le Chah fut obligé de démettre Hoveyda, pour la satisfaction des démocrates américains et de le remplacer par Amouzégar et d'annoncer le « climat politique libre ». Ce dernier lorgnait depuis longtemps ce poste et en comparaison de Hoveyda avait toutes les capacités requises pour être Premier Ministre.
Le 6 août 1977, Hoveyda fut démis de ses fonctions de Premier Ministre et occupa le poste honorifique du ministre de la Cour. Le Chah pensait qu'il pouvait ainsi tout remettre dans l'ordre. Or, avec le renforcement du mouvement révolutionnaire, le Chah fut obligé de céder toujours plus de terrain.
Entre autres, le 8 novembre 1978, il ordonna l'arrestation de Hoveyda et d'autres personnalités telles que le général Nematollah Nassiri, chef de la Savak.
Recomendation ministérielle :
Le 9 novembre 1978 –
A l'attention du commandement militaire de Téhéran et banlieue.
Nous vous informons qu'en application de l'ordre impérial, l'ancien Premier Ministre, Amir Abbas Hoveyda a été interpellé le 8 novembre 1978. Nous vous demandons de transmettre l'information.
Signé : Adjoint de l'État-major de renseignements.
Le général de brigade Sodjdéï
En cas d'approbation, ils doivent être arrêtés en vertu de l'article 5 de la loi du commandement militaire.
Signé : le général Rahimi, 9 novembre 1978.
Comme on peut le constater, dès 1977 Hoveyda s'inquiétait d'être arrêté par le Chah et sacrifié pour le bien du trône des Pahlavi et devenir, comme le disait son frère Fereydoun Hoveyda, la « soupape de sûreté du Chah ».
Il se sentait entouré par les mains invisibles de la Savak (dans les mains de CIA, MOSSAD et MI6) et tentait de prendre des mesures préventives. Cependant, on peut imaginer que le maximum qu'il craignait c'était d'être jugé, à l'instar d'Amini, devant une parodie de tribunal où il s'en sortirait la tête haute, car il n'avait été qu'un pion entre les mains du Chah ! A notre avis, comme beaucoup d'autres hommes politique, Hoveyda ne croyait guère au renversement de la monarchie et de surcroît à la chute du régime inféodé à l'Occident ; il pensait qu'il s'agissait au plus d'une tempête provoquée par l'arrivée au pouvoir des démocrates et que très prochainement elle perdrait de son ampleur. Hoveyda ne voulait pas s'enfuir, ce qui aurait équivalu à la reconnaissance de ses torts.
Les documents ci-dessous démontrent l'inquiétude de Hoveyda pendant les derniers mois du règne Pahlavi et ses actions préventives :
Rapport de SAVAK
Selon des propos privés tenus par messieurs Mohammad Biglari, chef du bureau de protection des services du Premier Ministre et de Abdolmadjid Ghanavati, responsable des archives secrets, une partie des dossiers classés « top secret » et « secret » que l'ancien Premier Ministre monsieur Hoveyda détenait dans le coffre-fort de son bureau n'ont pas été extradé aux archives secrets et il est soupçonné qu'ils sont détenus chez lui ou placés dans un lieu sûr.
Le point de vue de Samedi : ces déclarations sont probablement vraies. Ces dossiers concernent des abus financiers ou des ordres contraires aux lois et aux règlements (le rapport de la Savak de Téhéran au 3e bureau général. 28.08.1977).
Rapport de SAVAK
Le commandant Ghassem Nili, officier de protection des services de Premier Ministre et homme de confiance très proche de Hoveyda, ministre de la Cour, a été transféré depuis un ou deux mois à ce ministère en vue de former la garde impériale quant à la protection et la gestion des activités de M. Hoveyda précédemment prise en charge par la garde du Premier Ministre. Le directeur général du protocole des services du Premier Ministre a dit en privé qu'il était très mécontent de cette initiative. Le point de vue de Chanbeh : Le commandant Nili est sans doute au courant de toutes les activités probablement illégales de M. Hoveyda. (Le rapport de la Savak de Téhéran au 3e bureau général. 25.09.1977).
Rapport de SAVAK
Rumeur : Amir Abbas Hoveyda, ancien Premier Ministre, aurait déclaré aux personnes qui lui ont rendu visite, qu'il a remis 300 pages sur les événements dont il a été lui-même témoin à un membre de sa famille résidant à l'étranger. Au cas où un procès lui serait intenté et que des articles seraient diffusés à son encontre dans la presse iranienne, ces documents seraient traduits et publiés dans les médias étrangers. (Rapport à la Savak. 6.11.1978).
Suite à la trahison de Gharabaghi, chef d'État-major de l'armée, quant à la neutralité de l'armée dans le cadre du renversement du Chah, les prisons et les centres de détention des forces de sécurité ont été investis par les guérilleros palestiniens et les terroristes marxistes ou islamistes ou marxistes islamistes (moudjahidines khalgh).
Tous les prisonniers sont libérés et s'enfuient. Or, non seulement Hoveyda reste sur place, mais il établir une communication téléphonique avec le lieu de résidence de Khomeiny et déclare :
« J'ai décidé de me mettre à la disposition de vos partisans afin que lors d'un procès je puis transmettre mes paroles au peuple iranien. »
Il ignorait qu'un tel procès n'aurait jamais lieu et que les politiciens internationaux et les agents des colonialistes ne lui laisseraient jamais l'occasion de dévoiler leurs secrets.
Fereydoun Hoveyda écrit dans son ouvrage :
Le lendemain de la chute de la caserne de Dochan Tapeh, mon frère, Amir Abbas Hoveyda réussit malgré toutes les difficultés à me contacter par téléphone. Il m'a dit : comment est-il possible qu'un dirigeant puisse abandonner dans une situation périlleuse et dangereuse son poste de commandement et son pays et ne penser qu'à son propre sécurité ! J'avoue que pendant des années je me suis trompé sur le compte du Chah. Il a quitté son pays et tous ceux qui lui étaient dévoués sans se soucier de ce qui pourrait leur arriver dans ce contexte extrêmement dangereux. Les paroles prononcées hâtivement par mon frère se terminèrent par au revoir. Ce fut la dernière fois que l'ai entendu.
Après la victoire du soulèvement de 1979, Amir Abbas Hoveyda fut condamné lors d'un procès public et exécuté le 7 avril 1980. Dans sa défense, Hoveyda s'est déclaré innocent et a condamné la personne du Chah responsable de toutes les tragédies qui ont eu lieu durant la période où il occupait le poste de Premier Ministre.
L'accusation prononcée par le procureur de la révolution à l'encontre de Hoveyda a été la suivante :
Selon l'accusation, Amir Abbas Hoveyda, fils de Habibollah, titulaire de la carte d'identité n° 3542 délivrée à Téhéran, né en 1916, ancien ministre de la Cour impériale déchue, ancien Premier Ministre du Chah destitué, ressortissant iranien est accusé de :
1) Corruption sur terre.
2) Guerre contre Dieu et contre le représentant de l'Imam caché.
3) Soulèvement contre la sécurité et l'indépendance par le biais de création de cabinets gouvernementaux inféodés aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne dans le cadre des intérêts des colonialistes.
4) Agissements contre la souveraineté nationale, intervention dans les élections parlementaires, destitution et nomination des commandants à la demande des ambassades étrangères.
5) Mise à disposition des réserves souterraines de pétrole, de cuivre et d'aluminium aux étrangers.
6) Renforcement de l'influence de l'impérialisme américain et de ses acolytes européens en Iran par le biais de la destruction des réserves du pays et la transformation de l'Iran en un marché de consommation des marchandises étrangères.
7) Remise des revenus nationaux issus du pétrole au Chah, à Farah et aux pays occidentaux, simultanément à la conclusion d'emprunt à taux élevés et dans des conditions asservissantes auprès de l'Amérique et des gouvernements occidentaux.
8) Destruction de l'agriculture et des forêts.
9) Participation directe dans les affaires d'espionnage au profit de l'Occident et du sionisme.
10) Collaboration avec les comploteurs au sein du CENTO et de l'OTAN pour réprimer les peuples de la Palestine, du Vietnam et de l'Iran.
11) Membre actif de la franc-maçonnerie, loge Foroughi, compte tenu des documents existants et l'aveu de l'accusé.
12) Participation à la répression du peuple, restriction des libertés, fermeture des journaux et mise en place de la censure de la presse et du livre.
13) Fondateur et premier Secrétaire général du parti dictatorial « Rastakhiz du peuple iranien ».
14) Propagation de la corruption culturelle et morale et participation directe au renforcement des bases du colonialisme et du jugement consulaire concernant les Américaines.
15) Participation directe au trafic de l'héroïne en France en compagnie de Hassan Ali Mansour.
16) Publication de rapports et comptes-rendus fictifs à travers la presse inféodée, nomination des rédacteurs en chef soumis à la tête des médias.
17) Compte tenu des procès-verbaux des réunions du gouvernement et du Conseil supérieur économique, vu les plaintes déposées par la partie civile en la personne du Dr Ali Asghar Hadj Seyyed Djavadi. Vu les documents découverts à la Savak et dans les services du Premier Ministre. Vu les témoignages du Dr Manoutchehr Azmoun, Mahmoud Djafarian, Parviz Nikkhah, et les aveux de l'accusé, la réalité des fautes commises ayant été indiscutablement prouvée, le procureur du tribunal révolutionnaire islamique demande auprès du tribunal votre exécution et la confiscation de vos biens.