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Revue IRAN-INFO-PARS - 27
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

L’AVENANT À L’ACCORD DE 1933

En 1928, le gouvernement iranien avait perçu 1 112 000 livres en tant que droit de concession, en 1929, 1 341 000 livres et en 1930 la somme de 1 288 000. Or, en 1931, la part de l’Iran ne fut que de 307 000 livres. Dès que Téhéran fut informée de cette nouvelle désastreuse, le gouvernement décida de ne pas signer le contrat qui avait été préparé et demanda à la Société d’envoyer un émissaire à Téhéran pour information. En 1932, Ali Dashti, député du parlement iranien affirma qu’au cours de l’année précédente la Société avait perçu la somme de 307 000 livres, tandis que pour la même période la société Anglo-Pershia avait versé au gouvernement anglais 700 000 livres en guise d’impôts. Il accusa la Société de détournement de fonds.
Enfin, le 26 novembre 1932, lors de la réunion du gouvernement, Réza Chah insulta les ministres et les parlementaires pour leur incapacité et brûla dans la cheminée le dossier de 4 années de discussions pour l’acquisition des droits de l’Iran. Le lendemain, il annonça à la Société avoir résilié la concession de D’ARCY et accusa la Société d’avoir tronqué les chiffres et privé l’Iran de sa part légale (ce n’était qu’un subterfuge pour conclure l’accord de 1933).
Sir John Cadman, directeur d’Anglo-Persia qui, huit ans auparavant, avait participé à la cérémonie d’intronisation de Réza Chah, lui rendit visite quelques jours plus tard et conclut un marché avec lui en échange d’une somme importante. L’accord Réza Chah-Cadman fut conclu le 28 juin 1933. Selon les termes de cet accord, la part annuelle de l’Iran s’élevait à 975 000 livres et la société s’engageait à améliorer les conditions de subsistance des employés iraniens à Abadan.
Toutes les terres pétrolifères du sud étaient couvertes par cet accord ce qui équivalait à 25 % de la superficie stipulée par l’accord avec D’ARCY (c’est-à-dire seulement les régions pétrolifères du sud). Dans le nouvel accord, il n’était plus question des 16 % de la part de l’Iran des bénéfices de la société Anglo-Persia, mais seulement 4 shillings pour chaque tonne de pétrole exportée ou consommée en Iran. En outre, un minimum de revenu annuel pour le gouvernement iranien avait été garanti par la société à la hauteur de 1 200 000 livres. Quant aux actions du gouvernement iranien au sein de la société Anglo-Persia, la compagnie s’engageait à verser annuellement une part convenable des bénéfices des actions de la compagnie en Iran et à l’étranger. Les revenus de la société en Iran étaient également soumis à l’impôt. La durée de l’accord qui était jusqu’en 1933 fut prorogée jusqu’en 1961. Le gouvernement iranien n’avait aucunement le droit de résilier l’accord sauf en cas de force majeure et dans le cadre des lois. Ce contrat : 1) ne permettait pas d’augmenter ses revenus grâce à l’augmentation du prix du pétrole car il ne percevait que 4 shillings par tonnes ; 2) l’Iran n’avait aucune part dans les profits réalisés par les sociétés annexes dans différents pays dont l’Iran avait participé à leur capital initial. En réalité, on avait fait abstraction de ce dernier point. Comme nous l’avons indiqué l’Iran devait équitablement percevoir la somme annuelle de 3 000 000 de livres par le biais de l’exploitation de son pétrole. Le renouvellement de l’accord pétrolier n’était en fait qu’une manœuvre politico-économique au profit de l’Angleterre et de Réza Chah afin que ce dernier puisse étouffer les protestations des patriotes.
Avant la résiliation de l’accord D’ARCY, le gouvernement iranien avait une position consolidée face à la Société, dont le dirigeant de l’époque n’en était malheureusement pas conscient, sinon il aurait pu ressusciter les droits de son pays sans trop de vagues. La position de l’Iran et ses droits légitimes à l’époque se résumaient ainsi :
1) Les dommages subis par le gouvernement iranien en raison de la vente du pétrole à prix dérisoire de la part de la Société au gouvernement britannique étaient une revendication légitime qui pouvait conduire à la condamnation de la société et au versement d’indemnités.
2) En vertu de l’accord D’ARCY, la base des 16 % des revenus nets revenait à l’Iran sans aucune condition, autrement dit, le gouvernement iranien était partie prenante dans les revenus de la Société et pouvait par conséquent empêcher toute sorte de tromperie dans les comptes et les dépenses illégitimes. Le gouvernement pouvait en prétendant sa participation aux bénéfices de contrôler minutieusement les dépenses de la Société et être assuré que la totalité des bénéfices nets (16 % pour l’Iran et 84 % pour la Société) était effectivement versée. Les possibilités de l’Iran pour le contrôle des activités étaient telles que cela provoquait des difficultés pour la Société et l’obligeait à se résigner face à la revendication légitime de l’Iran.
3) L’accord D’ARCY n’avait pas exempté la Société de l’impôt sur le revenu ou tout autre prélèvement fiscal, car l’article 7 de l’accord sur l’exemption fiscale ne concernait que les terres qui constituaient le domaine d’activité de la Compagnie, les produits exportés et le matériel qu’elle importait en Iran pour ses opérations. Ainsi, le gouvernement iranien pouvait prélever, en dehors de ses 16 %, des recettes fiscales sur la Société sans que celle-ci puisse protester légalement.
4) Le gouvernement pouvait, en décrétant des lois spécifiques et compatibles avec l’accord D’ARCY, obtenir chaque année des sommes importantes de la Société. En guise de preuve nous rapportons ci-dessous un extrait du discours prononcé par lord CADMEN à l’occasion de l’assemblée annuelle de la Société après la conclusion de l’accord de 1933 :
« Nous avions besoin de manière urgente de régler notre situation et la stabiliser face à l’impôt sur le revenu en Iran et d’autres règlements concernant les devises, les douanes, les taxes intérieures et l’équilibre commercial et de définir les limites de chacun, car toutes ces lois auraient pu créer des conflits et constituaient des menaces ».
Les propos ci-dessus montrent que les dirigeants de la Société étaient parfaitement conscients des dangers qui les menaçaient et de mesurer leur degré de satisfaction en signant l’accord de 1933.
5) Le gouvernement iranien pouvait exiger les engagements de la société à l’égard des employés iraniens. Il aurait pu décréter des lois qui régissaient leur sécurité sociale, leur niveau de salaire, leurs conditions de logements et de bien être sans que cela puisse porter préjudice à l’accord.
Il faut rappeler que s’il existait un gouvernement patriote en Iran, il aurait pu résister face aux exactions de la Société Anglo-Persia et aurait pu conquérir les droits du peuple iranien et augmenter considérablement les revenus du pays.
Du fait que l’accord D’ARCY ne stipulait pas clairement les droits du gouvernement iranien, celui-ci pouvait par le biais d’ajout d’alinéas dans l’accord, préserver totalement et parfaitement les droits de l’Iran. Si les hommes politiques de l’époque restaient fermes dans la mise en œuvre des dispositions de l’accord D’ARCY, la Société Anglo-Perisa ne pouvait qu’accepter les revendications légitimes et légales de l’Iran, ce qui aurait été beaucoup plus bénéfique pour l’Iran que l’accord de 1933. En outre la question de la prorogation de l’accord n’aurait pas été à l’ordre du jour. Malheureusement, l’incapacité et l’insouciance des dirigeants iraniens ont permis la signature de l’accord de 1933 entre Réza Chah et Cadman ce qui a eu pour conséquence la baisse des intérêts de l’Iran dans l’exploitation du pétrole du sud du pays. Cette situation se renouvellera, et comme nous l’observerons plus tard, le pourcentage de l’Iran sur les bénéfices de son pétrole diminuera encore.