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Revue IRAN-INFO-PARS - 27
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

LA PARTICIPATION EN TANT QU’ACTIONNAIRE DU GOUVERNEMENT BRITANNIQUE DANS LA SOCIÉTÉ PÉTROLIÈRE ANGLO-IRANIENNE

Durant les années 1909-1914, années précédant la première guerre mondiale, les activités de la société Anglo-Persia s’étaient largement étendues. 30 puits avaient été forés dans la région de Masdjed Soleyman, 140 miles de pipe-lines avaient été construits jusqu’en 1911 qui permettaient de transporter annuellement 400 000 tonnes de pétrole brut vers la raffinerie d’Abadan. En 1913, la raffinerie d’Abadan fut entièrement terminée et prête à fonctionner. Durant la première guerre mondiale, pour sa supériorité maritime sur l’Allemagne, la Grande-Bretagne avait besoin de deux facteurs : la puissance de feu et la vitesse. En installant des canons de 15 inch, la marine britannique avait renforcé sa puissance de feu et pour augmenter la vitesse de manœuvre de ses bâtiments, l’Angleterre décida de transformer le carburant de ses bateaux de charbon au pétrole. Les besoins en carburant de la marine britannique obligèrent la Grande-Bretagne à satisfaire directement ses besoins en pétrole. A l’époque, l’amiral qui avait cette mission en charge au sein de la marine britannique, âgé alors de 38 ans, s’appelait lord Winston CHURCHILL. Après avoir pris connaissance du potentiel pétrolier de l’Iran et étudié les rapports des spécialistes anglais, il établit la politique pétrolière de la Grande-Bretagne. Lors d’un discours prononcé le 17 juillet 1913 devant le parlement britannique, il a déclaré : « La politique pétrolière du gouvernement comprend deux volets, l’un provisoire, l’autre financier. Notre politique financière consiste en ce que le ministère de la marine soit propriétaire indépendant de ses ressources pétrolières et puisse les exploiter selon ses besoins. Nous devons, dans la limite du possible, assurer nos besoins en pétrole des régions qui se trouvent sous notre influence et les importer par les voies maritimes protégées par notre marine. Notre politique provisoire en matière pétrolière consiste à acheter des quantités suffisantes de pétroles et de les stocker ».
Par conséquent, en 1914 et le début de la première guerre mondiale, le parlement britannique approuve avec 254 voix pour et 18 contre le projet de loi présenté par le gouvernement selon lequel le gouvernement britannique devenait le principal actionnaire de la société Anglo-Persia. En investissement 2 001 000 livres sterling et l’achat de 2 000 000 parts ordinaires et 1 000 parts privilégiées de la société, le gouvernement britannique acquit 51 % des parts de ladite société et devint son principal actionnaire et y détient le pouvoir de décision. Le gouvernement anglais décide la nomination de deux représentants au sein du conseil d’administration de la société Anglo-Persia avait le droit de veto conditionnel. L’utilisation du pétrole iranien dans la marine britannique et les machines de guerre des alliés fut ainsi un facteur important dans leur victoire.
Lorsque le gouvernement iranien fut informé de la transaction mentionnée entre le gouvernement britannique et la société pétrolière Anglo-Persia, il remit une lettre de protestation à l’ambassade britannique à Téhéran dans laquelle il avait indiqué que cette transaction avait été réalisée sans consultation avec le représentant du gouvernement iranien. L’ambassade de la Grande-Bretagne répondit que cette transaction ne visait qu’une formalité dans la vente du pétrole et que le gouvernement britannique n’avait aucunement l’intention d’intervenir ni dans la gestion des affaires de la société ni dans ses relations commerciales et politiques avec le gouvernement iranien.
En 1914, la situation financière de la société était la suivante :
Actions ordinaires achetées par la société pétrolières Bermeh 970 000
Actions ordinaires achetées par les porteurs de titres 30 000
Actions ordinaires achetées par le gouvernement britannique 2 000 000
Actions privilégiées achetées par les porteurs de titres 900 000
Actions privilégiées achetées par le gouvernement britannique 1 000
Actions privilégiées achetées par la société Bermeh 99 000
Actions d’emprunts achetées par les porteurs de titres 600 000
Il est à noter que les Actions du gouvernement iranien dans la société d’exploitation primitive du pétrole, avaient été inclues dans les Actions de la société Anglo-Persia.
Les Actions privilégiées sont celles dont la dividende annuel est connue et en cas de liquidation de la société, leurs porteurs sont privilégiés par rapport aux porteurs ordinaires quant à la récupération de leurs capitaux.
En 1917, les activités de la société avaient pris une telle ampleur qu’elle a réussi à vendre en bourse 1 million d’actions privilégiées à raison de 22,5 shillings l’action. En 1918, la société lança 1 800 000 livres de titres d’emprunt avec un intérêt annuel de 5 %. Le gouvernement britannique en acheta 199 000 et le reste fut acquis par la population.
En 1919, la société émit et vendit 3 millions d’actions privilégiées d’une livre, dont 23 shillings la part. A la même époque, le gouvernement britannique acheta 3 millions et la société Bermeh 1,5 million des parts de la société. De même, la société émit 2 millions six cent mille titres d’emprunt avec un intérêt annuel de 5 %. Grâce aux sommes ainsi réunies la société racheta tous les titres d’emprunt qu’elle avait précédemment émis.
A la veille de la première guerre mondiale, 25 000 tonnes de pétrole étaient exportées mensuellement d’Abadan. Pour assurer la sécurité de la région du Khouzistan, le gouvernement britannique avait renforcé les chefs de tribus Bakhtiari ainsi que Cheik RAZAL. En leur accordant des fonds et en les armant, il les avait conduit à s’engager à défendre les installations pétrolières. Après la fin de la première guerre mondiale et la normalisation des relations internationales conduisant à la reconstruction des pays européens, les besoins en pétrole se faisaient sentir de manière croissante. Ceci conduit à l’augmentation de la production et la croissance des investissements dans le secteur pétrolier. A Abadan, grâce à la construction de nouveaux pipe-lines et des routes asphaltées qui reliaient les secteurs d’exploitation à la raffinerie d’Abadan, la capacité annuelle de la raffinerie qui était de 120 000 tonnes au début de la guerre avait atteint 1 000 000 de tonnes à la fin de la guerre, continuait à croître. Les chiffres ci-dessous en témoignent :
1914 274 000 tonnes
1915 376 000
1916 449 000
1917 644 000
1918 897 000
1919 1 106 000
1920 1 385 000
La part de l’Iran sur le droit de concession et l’intérêt des actions qui s’élevait jusqu’en 1919 à 1 325 000 livres en tout, avait atteint rien que pour l’année 1920 le chiffre de 470 000.
Après le décès de lord STRATHCONA en 1914 à l’âge de 93 ans, lord Charles GRINWEY lui succéda en tant que directeur du conseil d’administration avant de céder la place, en 1929, à Sir John CADMAN.

L’extension des activités de la société Anglo-Persia ne se limitait pas uniquement à la région pétrolifère de l’Iran. Son domaine d’activité s’étendait à l’extérieur de ce pays sur des territoires reculés du monde : Argentine, Mexique, Canada, Australie, Cuba, Koweït, Irak, Albanie, Nouvelle Guinée et Qatar.
Dans le domaine du raffinage et de recherche de nouveaux marchés, la société Anglo-Persia connut des succès à travers quatre continents. Pour gérer les vastes territoires qu’elle exploitait, la société fut contrainte de créer des sociétés annexes, chacune de celle-ci ayant pour mission de gérer le secteur pétrolier placé sous son contrôle. Etant donné que l’exploration et l’exploitation du pétrole à travers ces sociétés bénéficiaient des capitaux initiaux de la société Anglo-Persia et donc de la vente initiale du pétrole iranien à cette société. Le gouvernement iranien qui détenait les parts de la société Anglo-Persia et qui selon les accords qui le liait à cette société devait également bénéficiait de 16 % de ses bénéficies nets, bénéficiait tout naturellement des profits réalisés par toutes les sociétés issues de l’investissement initial de la société Anglo-Persia dans touts les pays (à la suite du projet de la nationalisation du pétrole iranien par les éléments liés au gouvernement britannique, les droits de l’Iran sur les sociétés annexes disparaissaient ; de même les dettes de la société du pétrole évaluées à plusieurs millions de livres jusqu’à la date de la nationalisation du pétrole devenaient caduques et l’Iran était également condamné à payer une indemnité au gouvernement anglais. Quelle trahison !)
Il faut signaler que l’Iran détenait des parts dans les sociétés annexes ayant vu le jour dans différents pays qui s’occupaient de l’exploitation pétrolière. En effet, selon l’accord conclu avec D’ARCY, 16 % des profits nets des sociétés annexes revenaient à l’Iran. Dès le début, les investissements dans les sociétés annexes étaient considérés comme frais de la société Anglo-Persia et déduits du revenu total de cette société ; le profit net de la société était alors calculé dont 16 % revenaient à l’Iran. Cependant, ces chiffres n’étaient pas calculés de manière équitable et de nombreux patriotes iraniens réclamaient la restauration des droits de leur pays dans la société pétrolière. Les discussions pour arriver à une situation équitable s’étaient poursuivies pendant des années. En 1919, la trahison de Vossough ol-dowleh (l’oncle de Mossadegh) et la signature de l’accord Vossough ol-dowleh-lord Curzon a permis de transférer les décisions économico-politiques, militaires et sécuritaires de l’Iran aux agents britanniques. Dans ce contexte, la première décision de Nosrat ol-dowleh (un des proches parents de Mossadegh) fut d’embaucher un conseiller financier pour le ministère des Finances, car, selon l’accord de 1919, les décisions financières de l’Iran revenaient au gouvernement britannique. En vertu du conseil du gouvernement britannique, Nosrat ol-dowleh nomma un des hauts fonctionnaires des finances anglais, Sir Sydney Armitage Smith, au poste du conseiller financier de l’Iran. Ce dernier fut chargé de régler les différends financiers entre l’Iran et la Grande-Bretagne dont faisait partie le revenu pétrolier de l’Iran. Armitage Smith arriva en Iran en 1920.