L’ACCORD
PÉTROLIER ENTRE L’IRAN ET D’ARCY
L’accord
pétrolier entre William Knox D’ARCY et le gouvernement
iranien fut conclu le 28 mai 1901.
La délégation iranienne était composée
de Mozaffar ed-din Chah, Atabak, Mirza Nasrollah Khan Moshir
ol-dowleh (l’oncle de Mossadegh et père de Hassan
Pirania Moshir ol-dowleh et de Hossein Pirnia Motamed ol-molk),
Mohandes ol-mamalek (Nézam ed-din Ghaffari). Selon les
chapitres huit, neuf et seize dudit accord, D’ARCY s’était
engagé, dans un délai de deux ans après
la signature de l’accord, de créer une société
pour l’exploitation et la vente du pétrole, du
gaz et du goudron englobant la superficie totale du pays s’étendant
sur 480 000 mile carré à l’exception des
régions nord de l’Iran, au voisinage de la frontière
russe. Dans cet accord, D’ARCY s’engage également
à octroyer au gouvernement iranien 20 000 parts, de une
livre sterling par part, ainsi qu’une somme 20 000 livres
sterling au comptant. Les représentants de D’ARCY
versent comme suit, des fonds considérables aux négociateurs
iraniens pour la signature de cet accord : trente mille livres
et trente mille parts à Mozaffar ed-din Chah, dix mille
livres sterling et dix mille parts à Atabak, dix mille
livres sterling et cinq mille parts à Mochir ol-dowleh,
dix mille livres sterling et cinq mille parts à Mohandes
ol-mamalek.
Au début, ces parts étaient dénuées
de valeur et personne ne s’en portait acquéreur
. Cependant, pendant la première guerre mondiale et après
la guerre, ces parts ont acquis de la valeur et les héritiers
de Atabak, de Mohandes ol-mamalek et de Mochir ol-dowleh les
vendirent à certains ressortissants anglais résidant
en Iran. En vertu de l’accord conclu avec D’ARCY,
16 % des bénéfices nets de la Société
du pétrole du Sud revenaient à l’Iran, et
ce dernier avait le droit de nommer un représentant pour
contrôler les activités de ladite société.
Le premier représentant iranien au sein de cette société,
fut un officier retraité, Ketabtchi khan (anglophile),
directeur général des douanes iraniennes, qui
avait également un intermédiaire dans la conclusion
de l’accord et occupait un poste au sein du syndicat de
D’ARCY. Celui-ci confia les travaux de forage à
un spécialiste du nom de Reynolds, âgé alors
de 50 ans. Plus tard, le manque de spécialistes se faisant
sentir, il envoya en Iran le Canadien, Bodjanan Macnefton et
l’Américain, Rozen Planter en compagnie de quelques
polonais spécialistes de forage et un médecin
indien. La grande majorité des ouvriers de la Société
du pétrole du Sud était composée des habitants
autochtones de la région ainsi que les membres des tribus
locales. En 1904, malgré les 150 000 livres sterling
investis par D’ARCY, les résultats de l’exploration
et de l’exploitation du pétrole étaient
loin des objectifs prévus et l’inquiétude
commençait à se faire sentir au siège londonien
de la Société. A l’époque, le projet
de transformation du carburant de la marine britannique, du
charbon au pétrole, avait été approuvé.
Lord Fisher, en tant que premier lord de la marine britannique
eut la responsabilité de créer un comité
du pétrole au sein de la marine, sous le contrôle
de Bretiman, membre du parlement. Lors Fisher, conscient des
difficultés financières de D’ARCY, lui demanda
de participer aux négociations avec les directeurs de
la compagnie pétrolière britannique Bermeh. Lors
de cette réunion, la compagnie Bermeh promet aide financière
et coopération à D’ARCY pour les activités
de la Compagnie du Pétrole du Sud. Il fut convenu que
D’ARCY et la Compagnie Bermeh s’engagent mutuellement
à assurer le pétrole nécessaire à
la marine britannique. A cet effet, un syndicat composé
des deux sociétés vit le jour. D’ARCY avait
jusqu’alors dépensé 225 000 livres, et s’il
ne parvenait pas à un résultat positif dans un
délai de deux ans à compter de la date de l’accord,
devait selon les termes de l’accord, verser une indemnité
hebdomadaire de 300 livres au gouvernement iranien. A terme,
l’accord pouvait également devenir caduc. Compte
tenu de cette situation, D’ARCY accueillit favorablement
la proposition et les démarches préliminaires
pour un contrat entre les deux sociétés, D’ARCY
et BERMEH, furent effectuées. La coopération entre
les deux sociétés fut publiquement annoncée
le 5 mai 1905. Une société appelée la Société
des Concessions vit le jour dans la ville de Glasgow. La nouvelle
société ainsi créée s’engageait
à rembourser à D’ARCY une partie de ses
investissements pour l’exploration du pétrole au
sud de l’Iran ; de même, en cas d’exploitation
de pétrole à quantité suffisante, l’ensemble
des investissements réalisés par D’ARCY
lui seraient remboursé. Ce syndicat bénéficiait
également du soutien du gouvernement britannique. Dans
le sud de l’Iran des difficultés avec la tribu
Bakhtiari se poursuivaient. Les négociations directes
et l’engagement de verser 3 000 livres par an ainsi que
3 % des bénéfices de la société
pour l’exploration du pétrole sur le territoire
Bakhtiari ne purent arranger les différends. La marine
britannique fut obligée d’intervenir. Les efforts
pour l’exploration du pétrole restaient vains et
l’inquiétude grandissait. Le conseil d’administration
de la société à Londres, malgré
la demande de la marine britannique, était sur le point
de demander l’arrêt des activités de la société,
lorsque, suite à la persévérance de Reynolds,
le 26 mai 1908 à 4 h 30, le puits numéro un de
Masdjed Soleyman atteint la nappe pétrolière et
le pétrole et le gaz jaillirent à hauteur de 50
pieds. Dès ce moment, l’industrie pétrolière
iranienne vit le jour. En 1909, à la suite du forage
du troisième puits, les difficultés financières
de la société avaient complètement disparues
et la Société anglo-Persia avec un capital initial
de deux millions de livres sterling dont la moitié avait
été libérée fut enregistrée
à Londres. Cette société se substitua au
« syndicat des concessions ».
Au cours de la même année, un accord fut conclu
avec le cheikh RAZAL et un mile carré des terres d’Abadan
lui fut acheté pour la construction de la raffinerie.
La construction de celle-ci fut commencée l’année
d’après et dura trois ans. A l’époque
c’était la plus grande raffinerie du monde. Au
début, elle était destinée au raffinage
de 120 000 tonnes par an mais elle connut une extension beaucoup
plus grande. Selon un autre accord conclu avec le cheikh RAZAL,
celui-ci, en échange d’une certaine somme qui lui
était versée par la Société, avait
en charge la sécurité de la région d’Abadan.
Le premier pétrole exploité en Iran, en 1912,
était exporté sous forme de pétrole brut
d’une quantité de 43 000 tonnes.
L’année suivante elle s’éleva à
81 000 tonnes et à 274 000 tonnes au début de
l’année 1914. A la veille de la première
guerre mondiale, la Société détenait les
grandes réserves de Masdjed Soleyman, une pipe-line qui
transférait le pétrole jusqu’à Abadan
et une raffinerie importante dans cette localité et pouvait
ainsi contribuer largement aux opérations militaires
de la Grande-Bretagne et des alliés.
En 1909, les parts de la Société Anglo-Persia
furent ainsi réparties :
970 000 parts d’un livre à la société
pétrolière Bermeh, 600 000 parts privilégiées
d’un livre et 600 000 parts d’emprunt présentées
au marché pour lesquelles 5 % de bénéfices
annuels étaient versés par la Société
Pétrolière Anglo-Iranienne. Le reste des actions
furent réparties entre l’Iran, D’ARCY et
lord STRATHCONA qui était également actionnaire
de la société Bermeh.
Lord STRATHCONA, alors âgé de 89 ans, fut nommé
directeur du conseil d’administration de la société
Anglo-Persia et Charles GREEWAY, son directeur général.
La nouvelle société attirait l’intérêt
de nombreux investisseurs de sorte que lors de l’offre
des actions, la société Bermeh prit l’engagement
d’un million de livres sur les actions. Toutes les actions
de la société furent vendues dans un délai
d’un mois et la société pétrolière
Anglo-Persia fut enregistrée officiellement à
Londres. Cette société remboursa à D’ARCY
tous les capitaux qu’il avait investi et lui attribua
une partie des actions de la compagnie de l’ordre de 900
000 livres. D’ARCY fut également nommé membre
du conseil d’administration (il en resta membre jusqu’à
sa mort en 1917). Ainsi, les actionnaires de la société
Bermeh achetèrent la plus grande part du capital, embauchèrent
des spécialistes et instaurèrent la société
Anglo-Persia dans la ville de Glasgow.