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Revue IRAN-INFO-PARS - 23
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

L’histoire de l’Iran

Les dominations arabe et turque
La conquête de l'Empire perse sassanide a été entreprise par les Arabes musulmans durant le califat d'Omar (634-644). L'ancienne religion Zoroastre, bien qu'officiellement tolérée par les dirigeants musulmans, n’a pu résister à la force de l'islam et a été pratiquée de moins en moins. Dans la seconde moitié du VIIème siècle, les populations du plateau iranien ont adopté, en majorité, le parti d'Ali, gendre de Mahomet, dont le califat était contesté par Mouawiya Ier. Ce dernier, ancien secrétaire du Prophète, a fondé alors une nouvelle dynastie, celle des Omeyyades dont il a été le premier calife.
Cet épisode devait marquer le début d'une évolution qui a conduit à un schisme au sein de l'islam et à la naissance des courants sunnite et chiite. Ce dernier a été majoritairement adopté en Iran. Mais les influences culturelles ont été réciproques entre sassanides et musulmans : si l'empire des califes omeyyades, basé à Damas, était centré sur d'anciennes provinces byzantines, les Abbassides, qui ont choisi, à partir de 750, Bagdad pour capitale, ont été très influencés par la culture des Sassanides dont ils ont adopté le mode de vie.
Mais le pouvoir des califes s’est révélé plus théorique qu'effectif. En 809, la mort d'Haroun al-Rachid a ouvert la voie aux mouvements séparatistes. Des dynasties locales, comme les Saffarides (863-902) ou les Samanides (874-1000) se sont émancipées de la tutelle abbasside, essentiellement dans la partie orientale du royaume. Les Buyides chiites ont régné même sur Bagdad de 945 à 1055.
À partir du XIème siècle, le nord de la Perse a été conquis par les Seldjoukides qui, en 1055, ont pris Bagdad. Ces Turcs sunnites ont régné jusqu'à la fin du XIème siècle sur un territoire dont les frontières correspondaient globalement à celles de l'ancien Empire perse. Mais les croisades et la création d'États latins en Orient, ajoutées aux révoltes internes - des populations du Khorezm au nord-est, des Ayyubides en Asie Mineure – ont eu raison de la domination des Seldjoukides.
Les Mongols et les premiers Safavides
Au début du XIIIème siècle, les Mongols de Gengis Khan ont déferlé à leur tour sur la Perse et la région s’est trouvée aux mains de ses descendants, les Ilkhans. Leur domination, jamais vraiment acceptée par les populations locales, a eu de graves conséquences économiques et sociales. Le processus de nomadisation, déjà amorcé du temps des Turcs, s’est accéléré avec la destruction des villages et a entraîné la régression de l'agriculture. Affaiblis par leurs dissensions internes, les Ilkhans ont été balayés par les hordes de Tamerlan, qui de 1360 à 1405, a réussi à bâtir un immense empire ayant pour centre Samarkand. Après sa mort, les Timurides sont parvenus à se maintenir uniquement sur le centre et le nord de la Perse jusqu'en 1517, favorisant une renaissance culturelle avec le développement d'une littérature «nationale» et l'introduction de techniques et de thématiques artistiques venues d'Extrême-Orient, tandis qu'à l'ouest, les nomades turkmènes d'Anatolie et d'Azerbaïdjan, émancipés, se sont constitués en confédérations souvent rivales.
Depuis le XIVème siècle, une partie de l'Azerbaïdjan était dominée par des descendants du calife Ali, les Safavides. L'un d'entre eux, Ismaïl Ier, s’est fait proclamer chah de Perse en 1501 et, après avoir éliminé les Turkmènes de la région, il a entrepris d'édifier un vaste empire qui, dans les premières années du XVIème siècle s'étendait, de l'Azerbaïdjan au Golfe Persique et de l'Irak aux confins de l'Elbourz. S'appuyant sur la religion, élément unificateur, les Safavides ont fait du chiisme la religion nationale et ont construit un État prospère.
Le règne d'Ismaïl Ier a été marqué par la naissance d'un conflit avec les Turcs Ottomans, qui a occupé ses successeurs et ne s'est achevé qu'avec la prise de Bagdad, en 1623, par le chah Abbasier. Son règne a marqué l'apogée du royaume safavide, tant au niveau politique que culturel. Il a noué les premières relations commerciales avec la Compagnie britannique des Indes orientales, réorganisant même son armée avec des conseillers anglais. Il a rétabli l'ordre et le calme dans son royaume et a fait construire à Ispahan, sa capitale, de splendides monuments. Mais ses successeurs se sont montrés incapables de poursuivre son œuvre. Si son influence culturelle est demeurée forte dans l'Inde moghole, au sein de l'Empire ottoman et jusqu'en Europe, le pays était miné par des conflits internes entre chiites et sunnites et, en 1722, les tribus afghanes sunnites pillaient Ispahan.
Les interventions européennes
En rébellion contre les Afghans, Nader, un chef de bande originaire du Khorassan, région de l'est de l'Iran, a levé une armée nationale qui a chassé les intrus en 1729. Couronné chah en 1736, il a poursuivi une campagne triomphale de conquêtes territoriales qui l’a mené jusqu'à Delhi (1739), au Turkestan et au khanat de Boukhara, vassalisé. Ses descendants, les Zends, ont connu une période de paix et de prospérité, mais leur dynastie a été renversée par un chef d'ascendance turco-mongole, Agha Muhammad Chah, fondateur de la dynastie Kadjar. Après avoir installé sa capitale à Téhéran, il a entrepris de prendre la Géorgie passée sous domination russe et de pacifier le Khorassan resté fidèle à Nader. Mais son assassinat en 1797 devait ouvrir l'ère de déclin de l'Iran.
Les Européens, et en premier lieu les Russes, dont l'expansion vers le sud était motivée par la recherche de débouchés maritimes, ainsi que les Anglais, avaient désormais le champ libre. Ces derniers n’ont pas tardé à acquérir une place prépondérante dans le commerce et les finances de l'Iran.
En 1828, l'Iran a perdu ses provinces du Caucase (Arménie, Azerbaïdjan du Nord) au profit de la Russie. En 1847, l'Empire ottoman s'est assuré la souveraineté sur les régions du Chatt al-Arab. Les Britanniques ont vaincu les Iraniens en 1856-1857, les ont forcés à évacuer l'Afghanistan et à reconnaître l'indépendance de ce pays. Durant les années 1880, les Russes ont établi peu à peu une sphère d'influence au nord de l'Iran, tandis que les Britanniques obtenaient le contrôle du Golfe Persique.
En 1900, la Russie a pris le contrôle des douanes iraniennes en échange de prêts financiers. Un an plus tard, les Britanniques ont obtenu une concession de soixante ans pour exploiter les ressources pétrolières. La rivalité entre les deux pays ne s'est apaisée qu'en 1907, lors de la signature d'un accord rendu nécessaire par l'Entente cordiale: les frontières de l'Iran ont été fixées, des zones d'influences attribuées. Le nord-ouest a échu aux Russes, le sud-est aux Britanniques, le centre restait neutre.
En réaction à cette mainmise sur le pays et à la faiblesse des souverains iraniens, un mouvement nationaliste s’est formé au début du XXème siècle. Il a exigé l'instauration d'un gouvernement constitutionnel. En 1906, sous la contrainte, le souverain Muzzafar al-Din a dû réunir le premier Madjlis (Parlement) qui a promulgué une Constitution libérale. Son successeur, Muhammad Ali Mirza (1907-1909), absolutiste, a été déposé au profit de son fils Ahmad Chah, âgé alors de douze ans. Il lui était alors difficile de lutter contre la mainmise étrangère. En 1911, c'est d'ailleurs William Morgan Shuster, un financier américain, qui s’est vu confier confier, par le Madjlis, la tâche de réformer les finances nationales.
La dynastie Pahlavi
L'Iran est resté neutre pendant la Première Guerre mondiale, mais il a été le théâtre d'affrontements entre Britanniques, Russes et Ottomans pour le contrôle des gisements de pétrole. Les Britanniques qui ont cherché, à la fin de la guerre, à établir un régime de protectorat se sont heurtés à la réaction de différents mouvements nationalistes. L'un d'entre eux a été couronné de succès en 1921 : Riza Khan, commandant d'une force de cosaques iraniens, a renversé le dernier des Kadjars. En 1925, il a été couronné chah, fondant ainsi la dynastie Pahlevi. Son règne, durant lequel la Perse est devenue officiellement l'Iran (1934), a été une ère de modernisation générale du pays, tant au niveau des infrastructures que de l'appareil administratif. Dans le même temps, la société devait être remodelée par un vaste programme d'occidentalisation et marquée par un nouveau statut de la femme (le port du tchador a été aboli). Mais l'Iran n’est pas devenu pour autant un État démocratique : le pouvoir, autoritaire et centralisé, a réprimé avec force toute forme d'opposition. Les concessions pétrolières ont été renégociées : l'Iran percevait dorénavant des redevances sur les bénéfices des sociétés pétrolières.
Neutre au début de la Seconde Guerre mondiale, l'Iran a été envahi par la Grande-Bretagne et l'URSS en août 1941, dans le but de protéger les gisements pétroliers d'une éventuelle emprise allemande. Les Alliés ont assumé le contrôle de toutes les communications iraniennes, et Reza Chah, autrefois défenseur des intérêts de l'Axe, a dû abdiquer en faveur de son fils, Muhammad Riza Chah. Celui-ci a conclu un traité avec les Britanniques et les Soviétiques, par lequel ces derniers s'engageaient à respecter l'intégrité territoriale de l'Iran et à se retirer six mois après la fin des hostilités. Ces principes ont été réitérés lors de la conférence de Téhéran en novembre 1943. L'Iran a signé la charte des Nations Unies à San Francisco, le 26 juin 1945, devenant l'un des membres fondateurs de cette organisation.
En 1945, les provinces d'Azerbaïdjan et du Kurdistan, sous contrôle soviétique, se sont soulevées contre l'Iran et ont proclamé leur autonomie. Les Soviétiques ont empâché l'Iran de réprimer cette insurrection cependant que les Britanniques refusaient de quitter leur zone d'occupation. De longues négociations se sont tenues alors, à l'issue desquelles, le 2 mars 1946, les deux pays se sont retirés, et l'ordre a été rétabli.
Le pétrole, source de conflits
Après la guerre, l'Iran a refusé d'exploiter ses ressources pétrolières avec l'Union soviétique et a accepté une aide américaine. Le choix fait par Muhammad Riza Chah, en faveur du camp occidental, s’est traduit, en 1949, par l'interdiction du parti communiste iranien (Toudeh), jugé prosoviétique. Cependant, le pouvoir des compagnies pétrolières étrangères était de moins en moins accepté par l'opinion publique. Le gouvernement a dû s'entendre avec l'Anglo-Iranienne Oil Company, contrôlée par les Britanniques, sur un doublement des redevances sur le pétrole. Le Parlement n’a pas ratifié cet accord, jugé insatisfaisant par plusieurs membres.
Après l'assassinat le 7 mars 1951, du Premier ministre, le général Ali Razmara, par Fadaiian Islam (les dévoués islamistes), le Madjlis a décidé de nationaliser l'industrie pétrolière au faveur des Anglais. Muhammad Mossadegh, chef d'une coalition de groupes nationalistes (Front national) et partisan de la nationalisation du pétrole, a reçu la confiance du Parlement et a accédé au poste de Premier ministre. Les tentatives pour résorber, par la négociation, la crise virtuelle qui s'ensuivit entre l'Iran et la Grande-Bretagne, ont échoué. Mossadegh a refusé les propositions des États-Unis, de la Banque mondiale et de la Cour internationale de Justice. En 1952, il a demandé les pleins pouvoirs et le contrôle de l'armée. Malgré son hostilité, le chah a dû, finalement, s'incliner. Si la Grande-Bretagne a accepté la loi de nationalisation iranienne, elle a continué à exiger une compensation, ce qui a conduit à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, le 22 octobre 1952. Au début de l'année 1953, le Parlement a prolongé les pouvoirs dictatoriaux de Mossadegh, d'une année. Le Premier ministre a exigé alors que le chah soit privé de ses pouvoirs.
Le chah (yankophile), qui s'opposait à Mossadegh (anglophile) sur bien des points, parmi lesquels la question du pétrole, a démis son Premier ministre de ses fonctions le 13 août. Celui-ci a refusé de se retirer, et des affrontements ont opposé, pendant plusieurs jours, ses partisans aux royalistes. Ces derniers, soutenus par l'armée, la police et la CIA, ont obtenu le contrôle de Téhéran et ont arrêté Mossadegh. Le 5 septembre, le gouvernement américain a accordé à l'Iran un prêt d'urgence de 45 millions de dollars. L'Iran a repris ses relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne. Mossadegh a été condamné le 2 décembre à un an et demi d'emprisonnement pour rébellion.
En 1954, le gouvernement iranien et les représentants d'un consortium pétrolier international, formé de huit compagnies, dont l'Anglo-iranien, se sont entendus sur la réactivation de l'industrie pétrolière nationalisée : le Consortium gérerait l'industrie, mettrait sur le marché la production pétrolière, partagerait les profits de manière équitable avec l'Iran et verserait des compensations à l'Anglo-iranien pour les pertes subies. En 1958, le gouvernement iranien a conclu avec les compagnies américaines un accord garantissant à l'Iran 75 p.100 des profits.

« Révolution blanche» et Révolution islamique
Réinstallé sur le trône avec l'aide des États-Unis, en 1953, Muhammad Riza Chah s’est rapproché de ce pays : en mars 1959, l'Iran a signé un accord de défense avec Washington, puis a reconnu Israël, en 1960. Cette décision a envenimé ses relations avec la Ligue arabe, qui a décidé d'étendre le boycottage lancé contre les partenaires commerciaux de l'État hébreu à l'Iran.
À la suite d'un conflit avec le Parlement, le chah a accordé, en 1961, à son Premier ministre, le pouvoir de gouverner par décret. L'année suivante, Muhammad Reza a lancé une réforme agraire, connue sous le nom de «révolution blanche».

Certains groupes religieux et conservateurs, opposés à ce programme de redistribution des terres et à l'émancipation des femmes, ont encouragé un soulèvement en juin 1963, mais, en 1966, toutes les grandes et moyennes propriétés avaient été réparties entre près de 4 millions de paysans. Au cours des années 1960, outre ce programme foncier, le chah a favorisé l'industrie nationale et s'est attaché à diversifier les exportations. Le niveau de vie de l'Iran s'est accru rapidement, notamment grâce à un engagement de la fortune personnelle du chah.
À la fin des années 1960, l'Iran s’est dégagé progressivement de l'emprise américaine et a renforcé ses relations diplomatiques avec les pays communistes, ainsi qu'avec l'Europe. Au début des années 1970, l'Iran a resserré également ses liens avec le bloc arabe, à l'exception de l'Irak, du fait d'un contentieux territorial portant sur le Chatt al-Arab, ainsi que sur plusieurs îles du Golfe Persique. L’Iran et l’Irak ont mis temporairement fin à leur différend en signant un accord en mars 1975. En réalité, l’Iran officiellement perd les îles Bahrayn par l’influence et la pression des anglais en 1971.
En même temps, voulant consacrer son pouvoir absolu, le chah a annoncé la fin du multipartisme et la formation d'un parti unique, le parti de la Résurrection nationale. L'élection d'une nouvelle Assemblée nationale a eu lieu en juin 1975. La police secrète du chah, la Savak, forte de plus de 100000 hommes, a réprimé durement l'opposition grandissante. Celle-ci a été surtout le fait de mouvements islamistes, dirigés, depuis la France, par l’appui des États-Unis et du Royaume-Uni en soutenant Rouhollah Khomeiny, en exil depuis 1963. En 1978, à l'instigation des islamistes, des émeutes d'une rare violence ont eu lieu dans plusieurs villes iraniennes. À la fin de l'automne, le pays a été entraîné dans une guerre civile et, en janvier 1979, les fidèles de l'ayatollah ont contraint le chah à l'exil, mettant ainsi fin à un règne de trente-sept ans. Peu après, Khomeiny revenait triomphalement à Téhéran.

La République islamique
L'Iran de Khomeiny

Le nouveau régime a mis fin aux relations directes avec les États-Unis et a exécuté des partisans du chah. En novembre 1979, lorsque le souverain déchu s'est exilé aux États-Unis, des militants de la Révolution ont envahi l'ambassade américaine à Téhéran, un complot du nouvel pouvoir en Iran avec les Etats-Unis, prenant en otage cinquante-trois personnes. En échange de leur libération, le nouveau régime exigeait le retour du chah dans son pays afin qu'il fût jugé, ainsi que le remboursement de milliards de dollars que les islamistes l'accusaient d'avoir détournés des caisses de l'État. Sans qu'un accord officiel ne fût intervenu, les otages ont été finalement relâchés en janvier 1981.
Les relations se sont aggravées également avec l'Irak qui a exigé, en septembre 1980, la révision de l'accord de 1975. Cette révision refusée, l'Irak a abrogé unilatéralement l'accord et a attaqué l'Iran, s'emparant, en décembre, de la zone frontalière du Khouzistan, au sud-ouest de l'Iran, particulièrement riche en pétrole. La guerre Iran-Irak s’est prolongée huit ans. Durant la même période, les Kurdes à l'ouest, les Azéris au nord et les Arabes au sud-ouest prenaient les armes contre le gouvernement afin d'obtenir l'autonomie.
Sur le plan interne, la République islamique a été proclamée par référendum le 1er avril 1979, situation entérinée par une nouvelle Constitution approuvée en décembre 1979. Lors des élections présidentielles qui ont eu lieu en janvier 1980, les électeurs ont porté leur choix sur Abol Hassan Bani Sadr, un économiste libéral formé en Occident, collaborateur de l'ayatollah Khomeiny, le guide suprême de la Révolution. Cependant, les élections parlementaires ont été remportées par le Parti républicain islamique, rassemblant une grande partie du clergé, favorable à l'établissement d'une théocratie. Ce conflit a abouti en juin 1981 à la destitution par Khomeiny du président de la République Bani Sadr, qui a été contraint à l'exil. Aux élections générales d'octobre 1982, a été élu le religieux Ali Khamenei. La mainmise des religieux radicaux sur tous les rouages de l'État a été complète. Elle a remodelé en profondeur la société iranienne, passée totalement sous leur contrôle, y compris au niveau judicaire.