Alors, ceux qui ne croyaient pas jusque là à la
révolution et au changement de régime – qu’ils
fussent favorables ou non à celui-ci -, sont descendus
dans la rue.
Ce discours avait été rédigé par
Reza Ghotbi Guilani, cousin de la Reine Farah, Directeur
de la télévision iranienne et par Seyed
Hossein Nassr … Aussitôt, le souverain, sous
l’influence de son épouse qui avait rencontré Chahpour
Bakhtyar chez Reza Ghotbi au mois de septembre, et avait
discuté avec lui des conditions pour devenir Premier
Ministre, congédie le Premier Ministre militaire,
le Général Gholamreza Azhari, et confie
les reines du pays à Chahpour Bakhtyar qui rêvait
de devenir Président de la République et
vengeait sa famille, surtout son père qui avait été fusillé par
Reza Chah, car accusé de haute trahison. Il se
considérait comme le fils de Mohammad Mossadegh
et disait vouloir achever l’œuvre de son maître.
«
… j’ai réalisé mon programme
en 37 jours, j’en suis fier. Mais c’était
trop tard. Six mois plus tôt, il était encore
possible de redresser la situation … Cela faisait
vingt-cinq ans que j’étais dans l’opposition,
depuis le renversement de Mossadegh dont j’étais
l’un des ministres… » Il a cru qu’il
pourrait calmer l’agitation et empêcher l’arrivée
au pouvoir de Khomeiny. Il pensait également que
l’armée le soutiendrait dans sa lutte contre
l’insurrection religieuse. Mais les chefs militaires
n’obéissaient qu’au souverain qui n’était
plus là.
Le dernier poste occupé par Chahpour Bakhtyar
au sein du gouvernement, était celui de Vice-ministre
au Ministère du travail, à l’époque
où Ebrahim Khalil Aalémi était ministre
de Mossadegh et porte-parole gouvernemental. Il était
recommandé par la Reine Soraya, sa cousine. Il
n’était pas actif et n’avait pas directement
de responsabilités. Le dernier Premier Ministre
du Chah n’a pu résister face au peuple qui
réclamait Khomeiny depuis plus d’un mois,
alors il s’est éclipsé au bout de
trente-sept jours en laissant le pays aux révolutionnaires,
et en quittant Téhéran avec l’aide
de la France et de son ami Bazargan, le Premier Ministre
provisoire, pour s’enfuir déguisé vers
Paris.
L’enquête sur l’assassinat de Chahpour
Bakhtyar explique que la France a joué un rôle
capital pour faire sortir Bakhtyar d’Iran. En effet,
le dernier Premier Ministre du Chah, après six
mois de vie clandestine à Téhéran
a écrit une lettre à Élysée.
Dans cette lettre, il demandait l’aide de la France
pour quitter son pays. Le Président de la République,
par l’intermédiaire du Ministère
des Affaires Étrangères, a envoyé des
instructions à son Ambassadeur en Iran, pour lui
offrir un faux passeport français, avec une autre
identité. Finalement, Bakhtyar, déguisé en
pasteur chrétien, quitte Téhéran. À Orly,
son fils Guy qui était dans la police française
l’attendait, c’était au mois juillet
1979. Le même livre disait que Bakhtyar s’était
rendu, au printemps 1980, à Bagdad pour demander
l’aide financière de Saddam Hossein. Dans
leur entretien, Saddam Hossein a accepté de financer
le mouvement dirigé par Bakhtyar, dans l’espoir
de renverser le régime de Khomeiny.
Le Chah d’Iran, en quittant Téhéran
le 16 janvier 1979, n’a pas songé au destin
de trente millions d’Iraniens. En quittant en larmes
le pays, il savait que ce départ était
sans retour ! Un soldat de la brigade immortelle à l’aéroport
de Mehrabad, a attrapé le pied du souverain pour
l’empêcher de partir, mais en vain ! L’avion était
vide, mais le Chah a préféré laisser
tous ses proches à la merci du régime des
mollahs. Des milliers de personnes ont été exécutées
et des millions ont pris le chemin de l’exil, de
manière qu’actuellement, le nombre des émigrés
iraniens dans le monde est le plus élevé de
tous ! L’Iran impérial avec l’appui
des Américains qui étaient fatigués
du Chah hésitant, indécis, qui avait lui-même
dit avoir entendu la voix de la révolution, aussi
changea-t-il son régime monarchique et chah in
chahi, Un régime dictatorial où tout dépendait
du Chah, de lui seul, transformé en République,
mais islamique, avec à sa tête Khomeiny
qui vivait en exil par ordre du Chah, depuis 1964 en
Turquie, et ensuite en Irak, et à partir de 1978
en France … Un dictateur militaire est parti, et
un autre dictateur religieux le remplace ! Les Américains
qui croyaient au début que Khomeiny allait être
un agent obéissent se sont aperçus qu’il
n’était plus le même en arrivant à Téhéran,
qu’il était devenu intransigeant, dur et
qu’il ne parlait que de l’islam et de velayat
faghih et qu’il considérait les USA comme
le grand Satan et une vache laitière ! La réaction
de Washington s’est aussitôt manifestée,
tout de suite après l’occupation de l’Ambassade
et la prise d’otages ! Dans la guerre opposant
l’Iran et l’Irak, Washington a apporté son
aide à Saddam Hossein, car si Khomeiny ajoutait
l’Irak à ses royaumes et y remportait la
révolution, il serait devenu le maître du
Golf Persique et aurait eu moitié du pétrole
du monde !
Jean Claude Barreau, écrivait dans son livre : « … le
cri Allah Akbar (Dieu et grand) qui se levait d’Iran,
a secoué le monde entier. Jusqu'à présent,
les Occidentaux prenaient l’Islam pour une religion
pacifique, calme, sur la défensive, avec ses miniatures,
sa musique et ses coutumes et traditions qui étaient
au goût de tout le monde … Un voyage dans
un pays islamique était un must pour les écrivains
et les hommes de lettres, car ils apprenaient de nouvelles
choses… »
La nouvelle relative au retour de l’ancien roi
d’Afghanistan dans son pays avec le consentement
de la Maison Blanche, a donné un faux espoir aux
partisans de l’ancien régime de Téhéran,
surtout aux Iraniens qui se trouvent depuis des années
en Californie, excités par certains journaux et
par la télévision Farsi financée
par Israël, qui affirmaient que le changement de
régime en Iran était imminent !
Reza Pahlavi, fils de Mohammad Reza Pahlavi, dernier
roi d’Iran, renversé par la Révolution
Islamique en 1979, qui souhaite revenir un jour en Iran,
et trouver ce que son père a perdu, accélère
ses activités auprès de l’administration
américaine. Le président américain,
dans un discours prononcé le 13 mai 2003, disait
qu’il allait aider les journaux en langue persane édités
aux États-Unis et déployant une activité contre
le régime de Téhéran. ( ?) Le prince
qui ne connaît pas vraiment sa patrie, puisqu’il
l’a quittée à l’âge de
dix-sept ans, avant la révolution, le 26 juin
1978, a contacté les organisations juives qui
sont très puissantes en Amérique…
Mais en fait, le prince Reza a été utilisé par
les USA pour stabiliser le régime. Il dira le
27 mai 2003 à la BBC que sa mission consistait à voir
les Iraniens librement choisir leur destin. Le Figaro,
dans un article du correspondant à Téhéran,
en date du 29 mai 2003, affirmait que le fils du Chah
avait échoué et n’avait aucune chance
en Iran. Cependant, l’Iran se fâche, mais
les USA sont contents car ils ont trouvé un autre
moyen de faire pression sur la République Islamique
qui répète le slogan lancé par Khomeiny,
et considère toujours l’Amérique
comme le Grand Satan. De plus, durant les vingt années
qu’a duré la révolution, Khomeiny
s’est débrouillé sans demander l’aide
des Américains, en revanche, il a établi
une très bonne relation avec la Russie, et par
cette politique a montré ses dents aux Américains,
en leur prouvant qu’ils n’étaient
pas seuls sur l’échiquier politique mondial.
Vous pouvez deviner le mécontentement de l’Amérique
qui avait aidé au renversement du Chah et avait
porté Khomeiny au pouvoir. D’après
le comportement des mollahs, certains observateurs croient
que la République Islamique joue la carte britannique,
pour étoffer cette thèse, ils s’appuient
sur l’affaire de Salman Rushdie et sur la diffusion
des informations par la BBC en langue persane, qui à travers
ses commentaires, ses témoignages et des informations
déformées, montre sans ambages le chemin
et remet entre les mains des Mollahs la direction du
pays ! N’oublions pas que cette radio avait joué un
rôle important pour le départ de Reza Chah
et de son fils !
Salman Rushdie avait publié Les versets sataniques,
un roman tout à fait fictif, qui a été considéré contraire
aux intérêts des musulmans et du monde islamique,
mais qui, au fond, a aidé au développement
de la révolution islamique et a fait indirectement, à travers
le monde, de la publicité en faveur de l’Ayatollah
et continue d’en faire. Ne soyez pas étonnés
si le risque existe toujours, malgré ses différentes
demandes et ses diverses démarches diplomatiques,
notamment la rencontre des deux ministres des Affaires Étrangères
d’Iran et de Grande-Bretagne à New York,
aux Nations Unies, le 24 septembre 1998, en vue de l’abandon
par le gouvernement iranien de l’exécution
de la fatwa, ce qui a été fait. L’exécution
d’une fatwa est une affaire religieuse et non pas
gouvernementale. L’organisation Panzdahé Khordad,
qui voulait exécuter la fatwa, a augmenté la
mise à prix de la tête de Salman Rushdie,
qui s’élevait déjà à plusieurs
millions de dollars. C’est pour cette raison, selon
les chiites intégristes, que la fatwa reste toujours
valable. Salman Rushdie vit, donc, actuellement en sursis.
On se demande combien de temps cela va durer ?