LA
GRANDE-BRETAGNE, COLONNE VERTEBRALE ET PRINCIPALE CAUSE HISTORIQUE
DES DIFFICULTES SOCIO-POLITIQUES ET ECONOMIQUES DU MOYEN-ORIENT
ET DE L’IRAN
La Grande-Bretagne est une des plus anciennes, une des plus organisées
et surtout une des plus conséquentes puissances coloniales
du monde. L’histoire coloniale de ce pays, sur la base de
documents historiques indéniables, remonte au début
du 16e siècle et surtout à la suite de la création
de la Compagnie britannique de l’Inde Orientale. Au début
du 16e siècle, les Portugais ont établi les bases
du vieux colonialisme dans les pays et les régions littorales
de l’océan Indien et au-delà, allant jusqu’à la
Mer Rouge, le golfe d’Oman, le Golfe Persique et le continent
indien. Suite à des conflits permanents contre les Portugais
et les autres puissances coloniales, les Britanniques ont réussi à les
vaincre et à asseoir leur pouvoir sur leurs territoires
coloniaux. Plus tard, ces derniers devinrent l’unique et
la plus grande puissance coloniale de la région. L’ampleur
des succès Britanniques – en particulier au Moyen-Orient – avait
atteint un tel sommet qu’au début du 20e siècle,
ce vieux pouvoir colonial régnait sur presque un quart des
terres du monde (soit environ 300 millions d’habitants).
Du point de vue statistique, à l’époque, chaque
Anglais avait à son service 10 « esclaves coloniaux » (au
début du 20e siècle, la population britannique s’élevait à 30
millions de personnes). Winston Churchill, vieux politicien et
ancien Premier Ministre de la Grande-Bretagne affirmait que : « le
soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique ».
Il avait raison. En 1901, la Grande-Bretagne a conclu le premier
accord d’extraction du pétrole au Moyen-Orient, surnommé les « accords
D’Arcy », avec le gouvernement iranien pour une durée
de 60 ans. Elle mena en même temps une lutte sans merci contre
les puissances coloniales de l’époque (la Russie tsariste,
l’Allemagne, la France) et contre la principale puissance
régionale, la Turquie ottomane. L’Angleterre renforça
sa puissance et son influence coloniale dans la région et
en Iran. Outre sa situation géographique stratégique
particulière et sa position géopolitique, la découverte
du pétrole en Iran (et plus tard dans d’autres pays
du Moyen-Orient) a fait subir des difficultés particulières
au peuple iranien et aux autres peuples et pays de la région
qui se sont pérennisées jusqu’à nos
jours sous des formes diverses. Vers la fin du 19e siècle,
en 1899, dans ses rivalités avec les autres puissances coloniales
et avec l’empire ottoman islamique qui régnait sur
une grande partie du Moyen-Orient et du Golfe Persique, la Grande-Bretagne,
pour assurer sa puissance, signa un accord secret de protectorat
avec le cheikh de Koweït (nommé et sous tutelle de
l’empire ottoman). Il est à noter qu’entre 1820
et 1900, soit 80 ans, la Grande-Bretagne avait conclu des traités
identiques avec la plupart des émirats du Golfe Persique,
surnommé « traités de paix générale » qui
n’étaient autres que des traités de protectorat
et de domination de cette puissance coloniale sur le destin politique
et économique des Etats et des évolutions de la région.
Ils sont encore en cours sous des formes différentes. La
question de Bahrein à l’époque Pahlavi et celle
relative aux trois îlots qui depuis l’époque
Pahlavi jusqu’à celle de la République islamique
préoccupe les gouvernements iraniens sont les résultats
des agissements coloniaux de la Grande-Bretagne durant les siècles
derniers dans la région. Bref, entre 1900 et 1920 tout en
rivalisant avec la Russie et la France, parfois par la guerre parfois
la réconciliation, le colonialisme anglais a été à l’origine
des crises qui ont marqué jusqu’à ce jour le
destin de l’Iran et de nombreux pays du Moyen-Oient. Les
questions relatives à la Palestine, au Jérusalem, à Bahreïn,
aux trois îlots, à Chatt al-Arab (Arvand roud), au
Koweit, aux traités de 1907 et de 1915 du partage de l’Iran, à celui
de 1919 sur le protectorat de l’Iran, aux conflits ethniques
et raciaux et aux conflits territoriaux et frontaliers résultats
du l’accord colonial « Sykes-Picot », sont autant
de conséquences des agissements du colonialisme anglais.
A cette liste, il conviendrait également d’ajouter
le rôle de la Grande Bretagne dans la genèse du chauvinisme
arabe, la création des groupes de pression coloniaux franc-maçonnique
(loge anglaise), la création de larges réseaux d’espionnage,
le soudoiement de nombreuses familles en Iran et au Moyen-Orient
pour s’allier aux organes d’espionnages anglais (comme
les familles Ardeshir et Chapourtchi, les frères Rachidian,
les familles Farmanfarma, Akbar, Alam et autres en Iran, et la
famille Cherif Hossein en Jordanie qui est toujours au pouvoir
en Jordanie, le soudoiement de certains religieux chiites dans
le but d’assurer les intérêts coloniaux de la
Grande-Bretagne dans la région, les dizaines de cas de conflits
frontaliers et territoriaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord,
la participation directe pour la mise en place des pouvoirs inféodés à la
Grande-Bretagne dans le Moyen-Orient comme les régimes de
Jordanie et de l’Irak après la Première guerre
mondiale, de Réza Chah en Iran, d’Atatürk en
Turquie, de certains hommes forts en Syrie (avant l’arrivée
au pouvoir de Hafiz Assad), en Libye, au Soudan et ailleurs.
La fin de la première Guerre mondiale et ses conséquences
fut en effet une période assez longue de lune de miel pour
l’empire britannique au Moyen-Orient. En effet, parmi les
cinq empires de l’époque, trois (l’empire ottoman,
l’Allemagne et l’Autriche) étaient désintégrés
et le quatrième, l’empire tsariste, à la suite
de la révolution d’Octobre, était en proie,
pour des années, à des difficultés politiques,
sociales et économiques. Il faut insister sur le fait (et
cela à l’intention des religieux détenteurs
du pouvoir du régime islamique) que le principal facteur
de la défaite et de la désintégration du dernier
empire islamique n’était autre que la puissance coloniale
de la Grande-Bretagne. De même elle fut à l’origine
de l’apparition de la question palestinienne et de la création
de l’Etat d’Israël. En espérant que les
religieux du régime islamique qui se disent si attachés à la
renaissance du régime islamique et se prétendent
si émus de la question palestinienne et du sort de Jérusalem,
se souviennent de ces vérités historiques. Aussi
ils ne doivent pas incriminer les Etats-Unis à la place
de la Grande-Bretagne dans la question palestinienne. Dans la période
d’entre-deux-guerres, 1918-1939, le colonialisme anglais
avait instauré sa domination sur les réserves du
pétrole et de gaz et sur les régions stratégiques
et géopolitiques du Moyen-Orient. Le plus important était
que, selon l’accord Sykes-Picot (1916) des territoires comme
l’Irak, la Jordanie, la Palestine, les Emirats du Golfe Persique
furent considérés comme des régions d’influence
de la Grande-Bretagne après la première Guerre Mondiale.
Sur cette base, la Société des Nations avait également
confié à la Grande-Bretagne le tutorat de ces territoires.
A la suite des conditions politiques et économiques d’après
la seconde guerre mondiale – dont on ne peut en discuter
ici en raison de son étendue – la Grande-Bretagne
comme d’autres puissances coloniales (à l’instar
de la France) qui avaient vu décroître leur influence
politique, économique et militaire, furent obligées
de céder leur place aux deux superpuissances américaine
et soviétique. Une nouvelle ère avait commencé dans
les relations internationales. Dans la décennie 1960, en
raison des circonstances politiques et sociales régionales
et internationales, de même que ses difficultés économiques,
la Grande-Bretagne fut obligé de retirer ses troupes, jusqu’à la
date butoir de décembre 1971, de l’est de Suez et
du Golfe Persique. La question essentielle est de savoir si ce
retrait militaire anglais du Moyen-Orient signifiait la baisse
ou la fin des convoitises coloniales britanniques au Moyen-Orient
au profit des puissances comme les Etats-Unis et l’Union
Soviétique ? La réponse est négative. Dans
ce court exposé nous avons tenté de présenter
brièvement le rôle et l’influence fondamentale
de la Grande-Bretagne dans les difficultés politiques, sociales
et économiques actuelles des pays du Moyen-Orient. Quel
est le rôle et l’influence actuelle de la Grande-Bretagne
dans les événements de la région feront l’objet
d’autres analyses.