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Revue IRAN-INFO-PARS - 18
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

CONDOLEEZZA RICE : BORNÉE MAIS LOYALE

 


 

Désignée pour remplacer Colin Powell à la tête du département d’Etat, Condoleezza Rice a une qualité très utile en diplomatie : elle peut se rendre complètement impénétrable et cacher ses pensées aux journalistes et au reste du monde. Mais, s’il y a une chose sur laquelle « Condi » est tout à fait transparente, c’est sa loyauté indéfectible envers le président des Etats-Unis, une loyauté qui, comme l’a rapporté le magazine New York, l’a même poussée à appeler involontairement George W. Bush son « mari » lors d’un dîner donné à Washington. L’Histoire ne manque assurément pas de présidents ayant installé leurs confidents au département d’Etat. Mais la désignation de Mme Rice laisse pressentir ce que seront ces quatre prochaines années. Elle précède l’instauration d’un gouvernement qui a interprété sa victoire aux urnes comme la preuve objective du succès de sa politique et qui croit que son plus gros problème lors du premier mandat est d’avoir été trop ouvert aux points de vue qui n’étaient pas les siens. Et Pourtant, on ne peut guère dire que les quatre dernières années ont été couronnées par un triomphe retentissant de la politique étrangère. Devant un tel échec, il semblerait normal que la transition soit considérée comme un bon moment pour pousser vers la retraite les architectes de ces débâcles. Mais le gouvernement Bush a toujours eu une façon étrange de gérer les ressources humaines. Il ne punit pas l’impéritie, mais la récompense par des promotions et des prolongations de mandat. L’important est que les incompétents lui soient loyaux. En fait, il n’y a vraiment qu’un seul crime passible d’exil éternel ou de renvoi dans cette administration : la divergence d’opinion.
Condoleezza Rice a été envoyée au département d’Etat avec une mission. A en croire les informations publiées dans la presse, elle veut tout réorganiser, un objectif en lui-même louable : la bureaucratie, au département d’Etat, a parfois tendance à la sclérose. Mais, vu les antécédents de ce gouvernement, il est difficile de ne pas voir sous le changement annoncé par Condoleezza Rice un prétexte pour éliminer les esprits critiques. Car, après tout, nous parlons d’un gouvernement qui s’est illustré par la façon scandaleuse dont il traite les experts qui fournissent des analyses objectives aux responsables politiques, avec un mépris qui s’est égaiement appliqué aux scientifiques de l’Agence pour la protection de l’environnement ou aux économistes du ministère des Finances. Il semblerait maintenant que la Maison-Blanche veuille étendre sa guerre contre les fonctionnaires aux institutions qui s’occupent de la politique étrangère. Une grande partie de la presse n’a pas encore compris les intentions du gouvernement. Même après la guerre en Irak, certains journalistes pensent que les circonstances vont forcer l’équipe de Bush à corriger le tir et à adopter une stratégie internationale plus modeste. Mais, s’il y a une leçon à tirer du premier mandat, c’est bien que ce président doit être pris au mot. S’il annonce une politique étrangère dure, il ne faut pas penser que ce sont des paroles en l’air. Il croit vraiment que sa victoire aux élections prouve qu’il ne s’est pas trompé. Et, si le passé de George W. Bush n’en disait pas encore assez sur ses instincts, l’ascension de Condoleezza Rice ne devrait laisser planer aucun doute sur la direction qu’il compte donner à son gouvernement : en avant toute, et dans la même périlleuse direction.
The New Republic (éditorial), Washington