Pour certains observateurs, Abou Moussa az-Zarqaoui ne serait
que pure légende, inventée par les Etats-Unis.
Si cela se révélait exact, il faudrait y voir
une confirmation de la tendance qui fait osciller en permanence
tout mouvement de « résistance » entre
le réel et le virtuel. Et le premier à qui s’applique
cette observation est Oussama Ben Laden lui-même. Vaguement
présent derrière tout attentat, on peut le faire
apparaître au besoin à tout instant et à
tout moment, puisqu’il vit – comme son disciple
Zarqaoui – partout et nulle part ! Le problème
est que la « résistance » des Zarqaoui
et des Ben Laden. se manifeste à contre-temps et oscille
elle aussi entre réalité et virtualité.
On ne peut pas en parler dans les termes que l’on utilisait
par le passé, car le « colonialisme » américain
en Irak arrive bien après la fin du colonialisme et
des résistances qui l’ont combattu. Tous les
éléments qui caractérisaient la lutte
classique contre le colonialisme ont disparu. L’Union
soviétique s’est désagrégée.
A la place des masses et des peuples, on a affaire à
des communautés et à des religions. Le discours
politique a été remplacé par une prolifération
d’images. Les pays ayant accédé à
l’indépendance, porteurs de promesses et de projets,
ont vécu l’échec et la faillite. Les terroristes
n’ont eu qu’à cueillir les fruits des frustrations
que ces échecs ont engendrées. La « résistance
» à l’œuvre en Irak et dont Zarqaoui
est le symbole est la preuve de la décadence et de
la perte de sens que nous vivons. Cette résistance
à contretemps ne trouve son expression que dans les
décapitations, égorgements et autres sacrifices
humains.
AI Hayat (extraits), Londres