Cher président Bush,
Félicitations pour votre spectaculaire victoire. Jamais
vous n’avez dévié dans vos convictions,
jamais vous n’avez craint les critiques ni ne vous êtes
laissé embarrasser par les détails quand il
s’agissait de faire passer votre message.
Mais peut-être pourriez-vous maintenant nous éclairer
à propos de certaines des questions économiques
sur lesquelles vous avez fait l’impasse dans votre course
à la victoire. Commençons par le budget fédéral,
qui est passé d’un excédent de 236 milliards
de dollars en 2000 à un déficit de 413 milliards
cette année. Vous avez promis de réduire ce
déficit de moitié, essentiellement en effectuant
des coupes claires dans le budget de l’Etat. Mais à
quelles coupes pensez-vous exactement ? Les dépenses
publiques ont grimpé de plus de 15 % depuis votre accession
au pouvoir. Les deux Chambres du Congrès ont été
sous le contrôle de vos alliés républicains.
Jamais vous n’avez opposé votre veto à
un projet de loi. Rien ne vous a donc dérangé
dans ces dépenses.
Vous promettez de geler les programmes non militaires, ce
qui a déjà entraîné des réductions
dans les allocations logement et autres programmes sociaux.
Or ces programmes représentent moins de 20 % du budget
fédéral. Les geler revient à économiser
des broutilles. Les secteurs dans lesquels les dépenses
publiques se creusent le plus rapidement sont intouchables
: programmes obligatoires, comme les retraites et l’assurance-maladie
pour les personnes âgées ; nouveaux remboursements
de médicaments, que vous avez fait voter au Congrès
et qui, à en croire votre gouvernement, vont coûter
534 milliards de dollars sur dix ans ; budgets de l’armée
et de la sécurité intérieure, que vous
avez l’intention d’augmenter ; guerre en Irak,
qui ne semble pas sur le point de se terminer ; service de
la dette fédérale, gargantuesque.
En totalisant les dépenses déjà engagées
et vos objectifs de réduction d’impôt,
le Congressional Budget Office a calculé que le déficit
pourrait dépasser les 4 000 milliards de dollars d’ici
dix ans. Alors, franchement, où comptez-vous aller
dans le vif ? Dans les subventions agricoles, que vous avez
contribué à accroître ? Dans la NASA et
la mission sur Mars ? Dans l’éducation ? Dans
la recherche publique et les laboratoires liés à
la défense ? Quand vous dites que vous voulez réformer
les retraites, on ne peut que se poser quelques sérieuses
questions. Comme vous l’avez souligné, les caisses
de retraite glissent lentement vers l’insolvabilité
au fur et à mesure que les baby-boomers quittent la
vie active. Votre solution consisterait entre autres à
permettre aux gens d’investir une partie de leurs charges
salariales dans des caisses privées, ce qui leur permettrait
d’espérer des retours plus confortables. Ça
a l’air bien, mais jamais vous ne rappelez que pour
cela l’Etat devrait emprunter 2 000 milliards de dollars
ou plus au cours des prochaines décennies. Tout cela
parce que la caisse de retraite perdrait une part considérable
de ses revenus actuels, tout en devant continuer à
verser les sommes dues aux retraités actuels. Et comment
couvririez-vous ces dépenses-là ?
Veuillez agréer, cher président Bush, l’expression
de mes sincères salutations, un électeur dévoué.
Edmund L. Andrews, The New York Times, New York