LES TALIBANS ACCROISSENT
SANS CESSE LEUR PRESSION
De Chaman (au
Pakistan, à la frontière afghane)
Depuis la
désintégration du régime taliban fin 2001, la résistance
islamiste reste active en Afghanistan. Jusqu’ici, elle n’avait
guère réussi qu’à attirer ponctuellement l’attention des forces
d’occupation sous commandement américain ainsi que de l’armée
nationale afghane. Mais des opérations ambitieuses seraient
maintenant en préparation.
A l’intérieur même du pays, les talibans sont
commandés par des hommes comme le mollah Omar. A en croire
l’enquête menée par Asia Times Online, Oussama Ben Laden
et son bras droit, Ayman al-Zawahiri, ainsi que d’autres
responsables du réseau, ne se trouveraient plus au Pakistan.
Ils orchestreraient désormais la résistance en Afghanistan,
hors de portée des services secrets pakistanais et du FBI.
C’est là qu’intervient le mollah Mehmood Haq Yar. Envoyé par le
mollah Omar dans le nord de l’Irak pour entraîner les
combattants d’Ansar ul-islam avant l’invasion américaine en
Afghanistan, Mehmood n’est revenu qu’il y a quelques mois. Là,
il a été accepté au sein d’un conseil spécial de commandants,
formé par le mollah Omar, ayant pour mission de faire passer les
combattants étrangers et les personnalités importantes du
territoire pakistanais en Afghanistan.
La stratégie
adoptée par Mehmood consiste essentiellement à saboter les
infrastructures administratives dans les grandes villes, de
façon à perturber la vie quotidienne des habitants. Le but des
talibans est de combler le vide du pouvoir ainsi créé, ce qui
leur permettrait d’étendre le front des hostilités. Pour
l’heure, les combattants afghans et arabes engagés dans la
résistance ne sont que quelques milliers. D’aucuns pensent
cependant qu’une fois ce travail de sape effectué, l’immense
majorité silencieuse des talibans se soulèvera, surtout à partir
des madrasas de Quetta et Chaman, au Pakistan, pour tendre la
main aux talibans en Afghanistan, comme ce fut le cas par le
passé.
Tout au long de
la route qui relie Quetta à Chaman, dans la province
pakistanaise du Baloutchistan, on peut voir des dizaines de
nouvelles madrasas érigées ces dernières années. Elles
s’ajoutent à d’autres, plus anciennes, qui ont été agrandies
pour accueillir davantage d’élèves. Et à en juger par les
graffitis, les talibans et Ben Laden y jouissent d’une grande
popularité. Dans la plupart des échoppes au bord des routes, on
entend des cassettes de « chants » (sans musique) talibans.
Exemple : les chansons d’Abdullah
Makai, célèbre chanteur
afghan, comme « Ô Kaboul, tes princes sont aujourd’hui
mendiants à Karachi. » De Chaman à Kandahar, en Afghanistan, les
produits à l’effigie de Ben Laden sont assurés de bien se
vendre. « La situation ne fait qu’empirer », explique Malik
Nabi, président pour le district de Chaman du parti
antitalibans Pashtunkho Mili Awami. « Le nombre des talibans et
de leurs partisans augmente jour après jour. Allez à Chaman, et
vous y verrez des turbans noirs et blancs partout. C’est une
sorte de tactique de propagande pour faire la démonstration de
leur force. Rendez-vous le soir dans un stade de football, et
vous y rencontrerez des centaines de turbans noirs, signe
distinctif des talibans », conclut-il.
Courrier International n° 725