LE G8 EN ORDRE DISPERSÉ
Les
dirigeants du G8 se sont réunis pour leur sommet
annuel du 8 au 10 juin à Sea Island, en Géorgie
(sud des Etats-Unis). Au programme : Irak, pétrole
et Grand Moyen-Orient.
Ce G8 (Etats-Unis, Russie, Canada, Japon, Allemagne, France,
Grande-Bretagne, Italie) n’est que l’une des étapes
dans les pressions diplomatiques que George W. Bush entend
exercer pour faire adopter ses positions sur l’Irak.
Après Evian, l’an dernier, sommet du rafistolage
des relations franco-américaines, Sea Island a confirmé l’absence
de vision commune. Le président français
a d’ores et déjà rappelé que
ses priorités étaient fort éloignées
de celles de l’Américain. Paris a notamment
insisté sur l’aide au développement
avec une initiative sur la micro-finance, et reparlera
de taxation internationale. Autre priorité française,
le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement
de l’Afrique, enclenché en 2001). Cette année,
six dirigeants africains ont été présents,
le G8 adoptant un plan contre la famine en Ethiopie et
un autre sur le renforcement des capacités de maintien
de la paix.
Washington, de son côté, mettra en avant le
Grand Moyen-Orient. Ce plan ambitionne de promouvoir la
démocratie et la sécurité, via des
réformes politiques, sociales et économiques
dans une immense zone s’étendant de la Mauritanie
au Pakistan.
Mais
aujourd’hui des rumeurs savamment
distillées dans les chancelleries font état d’une
révision à la baisse du projet purement verbale
car contredite par les faits. La démocratisation de
la Région ne se ferait pas à marche forcée
et la libéralisation devrait être laissée à l’initiative
des États concernés. Ce projet pilote aurait
voulu revêtir les oripeaux des grands chantiers Rooseveltien
du New Deal mais à dimension planétaire, apparaît
donc pour ce qu’il est : une tromperie !
Le volet sécurité de l’Initiative Grand Orient a été,
quant à lui, étudié au sommet de l’OTAN à Istanbul,
le 28 juin et Il est par ailleurs Inscrit à l’ordre du jour des
prochains grands rendez-vous euro-américains. L’Administration
américaine veut évidemment convaincre ses partenaires du bien-fondé de
sa démarche surtout en ce qui regarde ses propositions relatives aux
aspects sociaux et politiques de leur « Initiative » au sens donné naguère
sous Reagan à l’Initiative de Défense Spatiale. Alors que
la France exprime en toutes occasions ses profondes réserves quant à l’initiative
américaine, jugeant que le conflit israélo-palestinien devrait
faire l’objet d’un traitement prioritaire, Joschka Fischer s’est
paradoxalement déclaré très enthousiaste. Sans doute faut-il
voir un effet des actions de « découplage » conduite par
l’Administration américaine à l’encontre du noyau
dur européen franco-allemand.
Nouvelles dissonances et vraies divergences au sein de l’Union qui se
trouve dans l’impossibilité de définir une position commune
et ainsi de constituer une réelle force politique pouvant peser dans
les rapport de forces internationaux.
En outre les Européens pour élaborer une position commune devront
surmonter nombre d’obstacles : « Notre crainte, est que les Etats-Unis
veuillent se servir de nos instruments de coopération pour faire avancer
leur vision géopolitique du Proche-Orient et qu’à travers
eux ils se débrouillent pour nous fairee financer , à nous Europpéesn,
leurs plans mégalomaniqaues ».
Les Européens payeraient et les Américains encaisseraient comme à leur
habitude les bénéfices en terme de marchés.
Le « processus de Barcelone », lancé en 1995 entre l’Union
européenne et les pays du sud et de l’est de la Méditerranée,
a en effet lui aussi pour but de nouer avec ces pays des relations stabilisatrices,
en les tirant vers le développement économique et vers la modernisation
des sociétés civiles.
Dans cette entreprise de co-développement, l’Europe a déjà consacré à cette
politique des milliards d’euros depuis 1995. Les Etats-Unis n’ont
pour l’instant assorti leur projet que de crédits se chiffrant
tout au plus à 150 millions de dollars. On jugera de la différence.
Car à lire le document de travail américain préparatoire
au sommet du G8, il est frappant de voir à quel point il reprend, jusque
dans les détails, des idées de coopération déjà mises
en œuvre par l’Europe avec ses voisins méditerranéens.
Il puise ainsi sans complexe dans les conclusions du dernier sommet euro-méditerranéen
consacré aux moyens de réduire la « fracture numérique ».
définir, avec leurs alliés européens et leurs partenaires
du G8, une stratégie globale susceptible de favoriser un « arc
vertueux du Maroc à l’Afghanistan.
Quant à la dimension sécurité de ce projet et l’idée
d’y impliquer l’OTAN elle laisse perplexe à Paris comme
dans les milieux bruxellois, où l’on estime que ce serait « le
pire des instruments » et qu’il ne peut provoquer qu’une
brutale réaction de rejet.
Face aux réticences [ l’annulation du sommet de Tunis qui a achoppé sur
la volonté de l’Egypte d’aborder de front le sujet, ou l’ingérence
Américaine dans les régions saheliennes où des unités
spéciales américaines aident l’armée algérienne à traquer
des groupes salafistes, ou encore son éventuelle implication dans les évéments
du Darfour] l’Union européenne doit évidemment définir
une approche tout à fait distincte de celle des
Etats-Unis, et devra travailler à travers ses propres institutions et
instruments.
Notons quant à la dimension sécurité de ce projet et l’idée
d’y impliquer l’OTAN, les points-virgules exprimés par le
président américain en disent long sur l’approche exacte
de la question par les Etats-Unis et de sa politique de « remodelage »:
Bush le, 20 janvier, dans son discours sur l’état de l’Union
déclarait : « Tant que le Proche-Orient restera en proie à la
tyrannie, au désespoir, à la colère, il continuera à produire
des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité de l’Amérique
et de nos amis. L’Amérique poursuit donc une stratégie
de liberté au Proche-Orient. Nous allons défiler les ennemis
de la réforme… » « …Nous voulons propager la
démocratie pour des raisons purement pratiques : parce que les Etats
démocratiques ne soutiennent pas les terroristes et ne menacent pas
le monde d’employer des armes de destruction massive ».
Au cours de sa visite effectuée en novembre 2003 à Londres, George
Bush a reconnu que la politique antérieure de Washington – fermer
les yeux sur les actions de tels on tels régimes en vue de maintenir
la stabilité – avait été erronée. « Il
n’y aura plus d’indulgence pour personne" a-t-il décidé.
Tolérance zéro en quelque sorte. Il faut donc accélérer
le processus des réformes dans les pays arabes. Il est du devoir de
la communauté internationale de le mener à bien. Sinon, il sera
impossible de régler les problèmes du « conflit des civilisations » qui
s’annonce. Cela explique l’apparition de l’initiative globale
de « Grand Orient ».