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Revue IRAN-INFO-PARS - 15
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

QUE PENSER DU PROJET AMÉRICAIN DIT
« INITIATIVE GREATER MIDDLE EAST»


Tout d’abord l’expression « Grand Moyen-Orient » est tout à fait impropre en français. D’abord parce que la terminologie française, plus exacte que l’anglaise, oppose le Proce Orient à l’Extrême Orient et placer le Maghreb comme le fait cette « Initiative » dans un Moyen Orient qui est au milieu de nulle part, n’a aucun sens ! Le terme « Orient » désignant pour les Européens tout ce que recouvre la grande aire culturelle de l’Islam avec son immense diversité de peuple, il semble plus approprié d’utiliser le terme de « Grand Orient » pour désigner un espace géographique allant de l’Atlantique aux contreforts de l’Himalaya
qui a suscité une immédiate levée de boucliers dans le Monde Arabe. Oppositions qui ont été jugées provocantes à Washington mais qui ont eu le mérite de dévoiler un peu plus les plans américains : le « Washington Post » ne dénonçait-il pas le 10 Mars « ces autocrates arabes retranchés dans leur bunker, tels l’Égyptien Hosni Moubarak et le Syrien Bachar El Assad » qui ont le culot de dénoncer te vaste projet de « libéralisation » de l’« Orient islamique parce qu’il serait « imposé de l’extérieur » et conditionné par « le règlement du conflit israélo-palestinien » !
Première remarque : l’annulation in extremis du sommet de la Ligue Arabe par Tunis en Février n’a pas eu pour raison principale des désaccords jamais résolus sur la question palestinienne ou l’éventuelle représentation du Hamas. Ce report à Mars dernier était en réalité dû à des divergences profondes sur le rôle que l’Amérique prétend jouer dans l’aire géopolitique arabo-musulmane, du Maroc au Pakistan – Maghreb, Machrek, Sahel, Proche Orient et Asie Centrale.Avec, notons le la Turquie, que M. Bush veut faire entrer de toute force dans l’Europe, n’en déplaise aux Européens, mais également sans le Soudan ? !
Deuxièmement, la notion de « libéralisation » de cet immense espace civilisationnel n’est rien d’autre qu’un rideau de fumée, du bavardage pour masquer des intentions et l’absence de tout contenu visible au projet. Celui-ci existe certainement dans les cartons du Pentagone, à Langley et au State Department ou encore au Foreign Affairs, sous différentes formes, selon divers scenarii ou versions (par exemple avec ou sans alliance stratégique avec l’Islam chiite en substitution du sunnisme hambalite) mais le « projet » lui-même dans sa substance, ses finalités, ne sont évidemment connus que des seuls grands initiés.
Par conséquent, la seule question qui se pose alors, est : quels sont les objectifs réels de la « démocratisation » que les États-Unis veulent imposer par la contrainte diplomatique ou par la force des armes à l’Orient islamique ?
Quels buts d’ordre stratégiques poursuivent-ils sous couvert d’apporter Les lumières de la démocratie aux peuples musulmans encore soumis aux forces obscures de la réaction ou du fascisme baasiste ? [Notons que le « Washington Post » utilise quant il s’agit de souligner les tares des régimes de l’Orient musulman une terminologie d’inspiration marxiste : à propos de la Ligue Arabe, on parle volontiers de « ses dirigeants réactionnaires »]. L’Amérique part donc en croisade pour la « libération de la femme musulmane (les femmes afghanes, soit dit en passant, trois ans après la libération de Kaboul sont toujours tout aussi tchadorisées), pour le suffrage universel (que Saddam Hussein avait mis deux fois en pratique – mieux que la démocratie algérienne – avant l’arrivée des chars américains, de leurs milices et leur intendance mafieuse) et pour les « droits de l’homme » c’est-à-dire le droit de vivre périodiquement sous les tapis de bombes civilisées et dans les camps de réfugiés que l’industrie humanitaire érigent aux abords des champs de bataille.
Autant de mots, autant de coquilles vides et de slogans publicitaires, d’outils de propagande servant de prétexte à intoxiquer les opinions aussi bien occidentales qu’orientales : « Nous vous offrons la Liberté et le progrès ». Cela sans dire à quel prix sera payée cette marchandise sans contenu identifiable, autant dire tout à fait virtuelle. Car l’intégration dans le marché planétaire dominé par l’économie Nord-américaine a un prix et un coût humain toujours plus élevé. La Russie en une décennie, malgré un potentiel humain et d’immenses ressources naturelles, se débat toujours au fond d’un insondable gouffre social et économique. L’exemple des ajustements structurels imposées à certains États du tiers-monde montrent également à quel prix se paye le formatage aux normes du Nouvel Ordre Économique Mondial.
La « démocratie » n’est à ce titre qu’un mot vide de sens dans la bouche des donneurs d’ordre américains, mais aussi un concept puissant par sa capacité à créer l’illusion et à paralyser par ses mirages les défenses naturelles de sociétés encore régies par des normes en grande partie traditionnelles.
Pour illustrer de ce propos, nous avons eu confirmation, de l’aveu même de stratèges américains du contre-terrorisme comme Ramsay Clarke et des planificateurs de l’invasion de l’Irak, ou encore de Jay Gardner, premier administrateur de la nouvelle colonie mésopotamienne, que : « l’installation de la démocratie n’était que l’un des buts éloignés des opérations ». Rien en effet n’avait été prévu en dehors des moyens requis pour une occupation armée accompagnée de la prise de contrôle des infrastructures et des gisements pétroliers. Le pillage des musées archéologiques et de bibliothèques dépouillées de leurs incunables, toute chose relevant du patrimoine de l’Humanité, en constitue au final une parfaite illustration et démonstration.
Finalement n’est un vrai « démocrate » aux yeux des aparatchiki américains que celui qui ouvre sans restriction son marché intérieur et s’aligne inconditionnellement sur la politique des États-Unis. Le véritable démocrate selon les critères dominants, est celui qui renonce à l’exercice de toute souveraineté autre que de façade et accepte d’occuper la seule position autorisée : celle de tributaire condamné à voir son marché intérieur inondé des produits de la sous-culture américaine achetés à prix d’or, fût-il de l’or noir.
Cependant, si aujourd’hui les gens de Washington ne se privent pas de tirer à boulets rouges sur la Syrie et l’Égypte en dénonçant avec virulence « le nationalisme et le socialisme sur lesquels ces régimes sont basés » (mais dont l’Administration Américaine s’est fort bien accommodée en Égypte pendant les vingt trois ans du règne de Moubarak) ils donnent d’ores et déjà un satisfecit à la Jordanie et au Maroc, figures de proue particulièrement évidentes de la démocratisation du monde arabe ! Ajoutons au sein de cette avant-garde, le Bahrein qui abrite la Vème Flotte américaine, le Koweït, base arrière-avancée de la guerre contre l’Irak, le Qatar base logistique où ont été redéployés les moyens jusque là prépositionnés en Arabie Saoudite, sans compter les Emirats, actifs dans la lutte contre les financiers du terrorisme.
À cette discrimination positive dont sont l’objet les deux royaumes chérifiens et hachémites, tout comme les pétro-monarchies vassalisées, s’oppose ainsi une discrimination négative à l’encontre de la Syrie et de l’Égypte (en attendant les mesures de rétorsion à venir contre l’Arabie Saoudite), pays tenus désormais pour de très mauvais élèves à l’école du Nouvel Ordre Mondial, le projet « Grand Orient » n’étant qu’un sous-ensemble d’un dessein global! Discrimination cependant tout à fait éclairante quant au fond du projet américain : si aujourd’hui Washington vomit littéralement la souveraineté des États c’est parce que celle-ci fait obstacle à sa politique hégémonique laquelle exige de grands agglomérats de peuples sans direction unifiée (l’Europe ?) et toutes sortes de micros entités résultant du démembrement des Etats-Nations tels la Yougoslavie hier, à présent l’Irak dont le démembrement n’est qu’une question de temps.
En 1999 la Fédération Yougoslave (alliée de fait de l’Irak baasiste et son fournisseur d’armes), est assiégée par une alliance à vocation en principe défensive, l’OTAN, sans mandat des Nations-Unies et en l’absence de tout vote des Parlements concernés, à commencer par la France !
Cependant le procès Milosevic devant le Tribunal Pénal International de La Haye a fini par mettre en évidence ce que chacun savait à l’époque : l’attaque de la Yougoslavie avait été décidée pour prévenir une soi-disant épuration ethnique qui n’a jamais eu lieu, l’exode des populations ayant été exclusivement déterminé par les bombardements de l’OTAN.
É puration qui est cependant devenue la dure réalité, mais en sens inverse, pour les communautés vaincues ou châtiées par les armes du Droit et de la Justice : 400 000 non Albanais, Serbes, Tziganes, Juifs, Catholiques albanais, ont ainsi fui le Kossovo depuis la fin de l’offensive du Pacte Atlantique. La première sur le sol Européen depuis 1940 en violation du Droit International et qui plus est, dirigée contre un État souverain et un gouvernement plusieurs fois légitimé par le suffrage universel.
Lorsqu’il s’agissait de briser l’Empire Ottoman, l’Angleterre a soutenu et même créé de toutes pièces des entités nationales arabes : elle a soutenu contre la Sublime Porte, dès la fin du XIXème siècle, les velléités d’indépendance de Mehmet Ali en Égypte ; puis entre les deux Guerres elle a créé de toutes pièces l’entité artificielle de Koweit-City et les monarchies hachémites d1rak et de Jordanie. Cette dernière est restée, par les alliances et la culture, étroitement liée au Royaume Uni, un protectorat implicite tout comme l’était de facto l’Arabie Saoudite avant sa disgrâce à la suite des événements de Septembre 2001.
Mais au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale changement de politique : le nationalisme arabe avait rempli la mission qui lui était originellement assignée ; il devenait superflu voire gênant car il pouvait éventuellement constituer une menace. Ce fut le cas en Irak où l’armée anglaise brisa en 1942 l’éphémère gouvernement national de Rachid Ali al Kilani... L’heure n’était plus aux États-nations toujours susceptibles d’avoir le mauvais goût de nationaliser le secteur pétrolier à l’instar de Mossadegh en Iran, vite balayé par un coup d’État.
Pour contrer l’expansion (en tout cas pour en limiter la vigueur) de ce nationalisme arabe qui commençait à naître et s’affirmer [contrepartie du reflux des puissances mandataires – la France et l’Angleterre – vainqueurs de l’Allemagne mais exsangues] la Grande Bretagne va inventer la Ligue Arabe afin d’étouffer voire de dissoudre les projets d’édification d’États souverains en tentant de les ligoter par des liens juridiques supranationaux. Les traités et les lois internationales s’imposant à la loi nationale, la Ligue arabe a dès le départ été conçue comme un instrument appelé à restreindre la capacité décisionnelle et la souveraineté des États nationaux émergents.
De façon analogue, initialement le projet politique européen depuis Robert Schuman, n’a pas d’autre objectif : disloquer les États en sous-régions et les dissoudre au sein d’une fédération soumise à la coupe d’une bureaucratie prébendaire sur un modèle (dégradé) inspiré des Landers allemands. Ceci afin de juguler toute politique autonome de contre-pouvoir comme celle qu’a conduite la France à l’occasion de la guerre américaine sur l’Irak. C’est si vrai que chaque fois que le nain politique Europe semble vouloir se doter d’une défense commune, Washington montre les crocs ou que Bush veut imposer l’entrée de la Turquie en Europe avec une arrogance insupportable.
C’est Anthony Eden à la tête du Foreign Office qui en 1941 donne le coup d’envoi du regroupement au sein d’une ligue des entités étatiques arabes. Une fédération s’esquisse alors avec la tentative d’union de l’Irak et de la Jordanie auxquels se joindre la Syrie et la Palestine. C’est l’Égypte qui fera capoter le projet, mais le 22 Mars 1945 la Ligue Arabe voit quand même le jour à Alexandrie avec l’ambition d’une harmonisation voire d’une coordination politique et économique entre les États Membres. Ce sont des vues et des arrière-pensées semblables qui présideront à la création du Conseil de Coopération du Golfe et plus récemment, à celle de l’Union du Maghreb Arabe.
L’actuel projet américain reprend ces plans mais sur une échelle bi-continentale, en Afrique et en Asie. Il ne s’agit plus d’unifier des régions, mais, reprenant la thématique des aires civilisationnelles de Samuel Huntington, de procéder à la restructuration politique d’un vaste ensemble géoculturel, projet dont la normalisation de l’Afghanistan et l’Irak au moyen de guerres préventives auront été les premières étapes, et comme autant de signes forts envoyés aux réticents.
Certains idéologues du monde islamique pourront adhérer au projet en croyant y trouver leur compte. Les nostalgiques de l’Empire Ottoman y verront en effet l’occasion de reconstituer le cadre politique d’une Oumma, une communauté des croyants, mise à mal par la création des États nationaux et l’apparition de concepts extrinsèque à l’lslam tel qu’AI Watan, « la Patrie » qu’ils jugent, à tort et à raison, comme hérités de la période coloniale. Si les idéologies nationales, celle du Baas et du nassérisme ou le national-islamisme soudanais par exemple, reflètent effectivement un mouvement d’idée né en Europe avec le jacobinisme, si en outre, le communautarisme national ou tribal a été l’un des outils de la politique impériale britannique, aujourd’hui par un retournement dialectique de l’histoire, il est le moyen d’élection pour sauvegarder un semblant d’indépendance et de maîtrise de son propre destin. Certs l’Oumma transcende par défiinition les barrières linguistiques ou ethno-culturelles, les systèmes politiques et le poids du passé. Mais c’est avoir un train de retard qu’espérer rétablir une communauté des croyants qui n’a existé que de façon toute relative (ou mythique) du temps de la domination ottomane. De même – ainsi que Khadafi vient d’en tirer argument pour justifier son ralliement au camp occidental – toute union arabe est utopique voire contre la nature même des peuples du Maghreb et du Machrek. L’unification politique par le Marché ne peut évidemment ni se substituer, ni accomplir le rêve et l’utopie de l’unification de la communauté des croyants.