TERRORISME :
LES LIENS ÉTRANGES D’ABOU QATADA ET DU MI5
Prêt à tout, Abou Qatada ! A prêcher la
haine des infidèles occidentaux et l’avènement
de l’islam sur toute la planète. Mais disposé,
aussi, contre espèces sonnantes et trébuchantes, à collaborer
avec le MIS, le service de contre-espionnage britannique. C’est
du moins ce qui ressort des documents fournis à la commission
d’appel des affaires d’immigration à l’automne
dernier par le MIS et dénichés par une équipe
du journal TV de Channel Four.
L’information, si elle reflète bien la dualité d’Abou
Qatada, ne lève pas pour autant les ambiguïtés
du MIS dans sa gestion du personnage. Jordanien d’origine
palestinienne, Abou Qatada, 43 ans, connu également
sous le nom de Cheikh Omar Abou Omar et Omar Mohammed Othman,
est arrivé au Royaume-Uni en 1993, fuyant, disait-il,
les persécutions religieuses dans sa patrie. L’année
suivante, Londres lui ayant reconnu le statut de réfugié,
il s’installait à Acton, dans l’ouest de
la capitale, et subsistait grâce à de généreuses
aides sociales. Le plus clair de son temps, Abou Qatada, prédicateur
dévoré de prosélytisme, le passait à exhorter
les musulmans à observer l’islam intégriste.
Rédacteur en chef du bulletin el-Ansar, « la voix
du djihad en Algérie et dans le monde entier » – organe
du Groupe islamique armé (GIA) –, il légitimait
par des fatwas les méfaits des groupes armés
en Algérie et en France.
Paradoxalement, cet idéologue zélé du
djihad pouvait lancer ses appels à la guerre sainte
et justifier des attentats sans être inquiété le
moins du monde.
Dans le caravansérail islamique du « Londonistan »,
il tenait un rôle essentiel, pourtant. Le juge espagnol
Baltasar Garzon le soupçonnait, dès 2001, d’être « le
chef spirituel des moudjahidins d’Europe ». Les
services allemands de sécurité l’accusent
d’être au centre d’un réseau international
de terroristes. Les Etats-Unis, l’Algérie, la
France l’impliquaient au plus haut niveau dans la nébuleuse
al-Qaida.
Comment et pourquoi cet idéologue de la haine religieuse
qui confesse son « admiration pour Ben Laden »,
rencontré au Pakistan en 1989, a-t-il eu pignon sur
rue des années durant avant d’être emprisonné,
sans jugement et sans accusation, en 2002 ?
On sait, désormais, qu’il avait offert ses services
en juin 1996 aux services de sécurité britanniques. Mais
ce qu’on ignore, c’est s’il a été pris
au mot. Officiellement, c’est « non », selon
la commission d’appel des affaires d’immigration.
Les services de sécurité étrangers en
doutent, cependant.
En octobre 2001, Abou Qatada lui-même confiait au journal
The Observer que le MI5 lui avait offert un passeport
et un visa iranien pour quitter discrètement le royaume. Il
avait refusé l’offre, affirmait-il. De crainte « d’être
assassiné ou livré aux jordaniens » qui,
en 2000, l’ont condamné, par contumace, à la
détention à perpétuité pour divers
attentats. Depuis, après avoir invité les musulmans
britanniques à se faire « martyrs » contre
l’oppression des infidèles, il est l’hôte
de la prison de haute sécurité de Belmarsh, au
Sud de Londres. La commission d’appel des affaires d’immigration
qui le qualifie d’« individu très dangereux »,
l’a réduit au silence en rejetant toute demande
de libération.