Accueil

 


Revue IRAN-INFO-PARS - 14
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

L’AVENIR POLITIQUE DE L’IRAN

Le Proche-Orient est aujourd’hui, plus que jamais, en proie à des tensions politiques qui à tout moment pourraient déboucher sur des crises majeures. De ce point de vue Israël est sans doute en train d’effacer pour longtemps tout espoir d’un état palestinien en Cisjordanie et à Gaza. L’Iran et l’Irak tentent, selon les Américains, de se doter d’armes de destruction massive et se trouvent désormais sous la menace déclarée d’une action internationale dirigée contre eux, cela malgré les réserves exprimées expressément par l’Europe, la Russie et la Chine...
La Turquie traverse pour sa part une conjoncture économique difficile, pour ne pas dire désastreuse, de plus en plus difficile à supporter. La Jordanie et la Syrie, après la disparition du Roi Hussein et d’Hafez El Assad, ont perdu une partie de leur influence politique et se trouvent de fait quelque peu marginalisées dans le jeu politique régional.
Tout comme l’Iran, la Syrie se retrouve dans une situation de moins en moins confortable au fil des mois, en raison notamment de l’aggravation du conflit israélo-palestinien...
Quant aux pays du Golfe aux mains de régimes « féodaux », en l’absence de pratiques démocratiques pouvant tempérer leur ultra-conservatisme politique, ils restent eux aussi sous la menace constante d’une crise sociale aiguë susceptible d’éclater à chaque instant ce qui aurait pour effet de remettre en cause un équilibre politique somme toute relativement précaire. Ceci s’applique en particulier à L’Arabie Saoudite dont les finances ne se sont jamais entièrement rétablies après la crise de 1991 et son endettement consécutif.
Le Pakistan et l’Afghanistan interviennent également dans l’appréciation de la situation bien que dans une stricte définition géographique ils se situent hors du Proche-Orient proprement dit – l’on parle effectivement d’« Asie Centrale » à leur sujet – mais les événements qui s’y déroulent, retentissent largement sur les marches occidentales de l’Orient islamique. Bien entendu l’Inde et le Pakistan sont en conflit récurrent à propos du cachemire. Qui pourrait l’ignorer ? Et avec des risques certains d’escalade, puisque nul ne peut exclure toute éventualité d’un nouvel affrontement entre les deux rivaux, mais cette fois-ci avec un paramètre nouveau, celui du feu nucléaire. Un tel conflit, s’il devait avoir lieu générerait évidemment à l’Ouest de fortes turbulences. Qui n’a entendu parler de la théorie dite des dominos ?
Les enjeux politiques, parfois et souvent vitaux surtout au Proche Orient, débordent largement, nous le savons tous, le cadre régional. Ainsi le contentieux israélo-palestinien n’affecte pas seulement le Sud de la Méditerranée mais forme indéniablement la toile de fond des événements de Septembre 01 et de la guerre qui s’en suivit contre le régime islamiste installé à Kaboul. Vouloir l’ignorer constituerait un outrage à l’esprit ! A cet égard nous ne nous attarderons pas sur la question pétro lière et gazière dont le rôle est évidemment central en Asie Centrale tout autant que dans la région du Golfe lorsque l’on veut démêler l’écheveau complexe des relations interet intra-étatiques, ou comprendre le jeu des forces en présence dans le Caucase et le Bassin de la Caspienne.
Les enjeux géo-économiques, géo-énergétiques sont tels dans la région qu’il est à parier que bien des changements sont encore à venir si ce n’est à prévoir. Il y a quelques années, qui se serait risqué à prédire que l’Amérique s’implanterait pour longtemps en Afghanistan et au Turkménistan, allant jusqu’à installer une série de bases d’écoutes à la frontière iranienne et à Kandahar même ?
Les meilleurs analystes soutiennent que l’objectif premier des Etats-Unis en Afghanistan serait l’instauration de la paix et en conséquence d’une stabilité politique suffisante pour garantir la sécurité des installations de transit pétrolier – en l’occurrence oléoducs et gazoducs – à travers le territoire afghan. Ceci est évidemment vrai, mais qui peut raisonnablement imaginer que les ambitions américaines se limitent à vouloir uniquement assurer la fiabilité de leurs transferts de brut ?
Gageons que non seulement l’Amérique vise à s’assurer une position dominante sur les marchés pétroliers mondiaux, et que pour ce faire elle cherchera à étendre son influence sur les républiques du Sud de l’ancienne Union Soviétique, mais aussi qu’elle s’efforcera de manier à son profit une certaine stratégie de la tension afin de justifier la pérennisation de sa présence armée aux portes de la Fédération de Russie. Telle a été vraisemblablement sa stratégie en maintenant Saddam Hussein au pouvoir à Bagdad après sa défaite de Février 1991, lequel lui a donné un bon prétexte pour maintenir ses forces dans la Péninsule arabique pendant plus de treize ans.
Sans aller plus loin, il semble que cette analyse peut également, dans une perspective plus lointaine, s’appliquer à la Chine si l’on considère les positions acquises aujourd’hui par les Etats Unis en Asie Centrale. Positions qui serviront aussi bien au contrôle de l’extrême Orient Chinois que de la région du Golfe prise en quelque sorte dans la « tenaille » du dispositif américain.
Les foyers de troubles ne manquent d’ailleurs pas qui justifieront l’ingérence ou la présence du gendarme mondial. Ni les zones de tension qui offriront le cas échéant, et pour l’avenir, les occasions de nombreuses interventions extérieures : Tchétchénie, Cachemire, Ouzbékistan, Xinjiang... L’Amérique qui ne cache pas son jeu nous a annoncé sans ambiguïté « une guerre s’étalant sur des décennies ». A la révolution permanente du communisme, fait écho aujourd’hui un état de belligérance sans limites géographiques ou temporelles...
Quant à la question israélienne, la Maison Blanche parlait encore d’un état palestinien au lendemain du 11 Septembre mais opérait deux mois plus tard après la chute de Kaboul, un revirement spectaculaire et laissait le champ totalement libre à la politique irréaliste et intransigeante d’Ariel Sharon. Comment les responsables américains ne voient-ils pas que la paix introuvable entre israéliens et palestiniens demeure l’épicentre de tous les séismes géopolitiques à venir, de la Méditerranée à l’Indu Koush ? L’objectif d’Israël aujourd’hui, sous la houlette des religieux et des ultra-nationalistes, n’est-il pas, à force d’asphyxie des territoires autonomes, de contraindre les palestiniens à fuir la Cisjordanie et transformer Gaza en un véritable ghetto? La Jordanie est-elle appelée à devenir un « Etat palestinien » acceptable dans le cadre d’un schéma directeur utile à l’édification du nouvel ordre mondial ? Face à l’éternel division du monde arabe une telle vision, à la lueur des derniers événement, n’a malheureusement plus vraiment rien d’absurde.
Bien sûr, les européens, à l’exception de Tony Blair, rechignent à suivre l’Amérique dans cette voie de l’abandon, mais que pèse à l’instant précis l’Europe politique ? La vérité nous contraint à dire : pas grand chose ! L’Europe, et nous sommes les premiers à le déplorer, n’est encore et peut-être pour longtemps, qu’un nain politique dont l’influence dans le cours des affaires internationales confine à zéro. Il suffit de regarder du côté de l’épisode afghan pour voir que les européens y ont joué un rôle de supplétif. Gardiens de piste de décollage par exemple ! Ce n’est évidemment pas un rôle à la mesure de l’Europe mais c’est actuellement le seul que lui concède ou que lui assigne Big Sister America. Cela augure mal du futur pour le règlement des affaires et des crises du vieux continent.
En résumé c’est à la lumière de l’installation vraisemblablement durable des américains en Asie centrale aux motifs cumulés d’intérêts géo-économiques d’appropriation à échelle planétaire, des sources d’énergie fossiles, mais c’est aussi d’intérêts géostratégiques évidents que la situation de l’Iran doit à présent être réévaluée : la volonté d’établir sur les marches des empires continentaux, Russie et Chine, des postes avancés,.
C’est en effet dans le contexte d’une extension fulgurante de la zone d’influence américaine depuis la fin de la Guerre Froide dans les principales aires géographiques détentrices des grands gisements énergétiques – autrement dit dans le contexte général d’une guerre économique qui ne dit pas son nom mais dont François Mitterrand peu avant sa disparition avait souligné l’extrême férocité ; il n’avait en effet pas hésité à parler d’« une guerre à mort » – que doit maintenant s’interpréter le retour en force de la politique d’endiguement (containment) conduite par l’Amérique à l’égard de l’Iran. Depuis le discours sur l’état de l’Union du 29 Janvier 2002 le sujet est devenu d’une parfaite limpidité.
Cependant nous ne croyons pas à une intervention directe des américains en Iran. La Perse n’est pas une quelconque sous-province qui pourrait être démocratiquement normalisée en l’espace de quelques semaines. Nous ne sommes ni le Yémen, ni la Somalie, ni non plus le Soudan. Il est plus vraisemblable que l’Amérique, si elle passe, comme elle semble en avoir maintenant l’intention, en phase d’ingérence active, s’efforcera de susciter des troubles intérieurs d’une ampleur suffisante pour entraîner le renversement du régime. Certaines conditions sont actuellement déjà réunies et des unités spéciales du Mossad sont déjà actives au Kurdistan.
L’Iran actuel compte en effet environ 70 millions d’habitants dont 75 % ont moins de 25 ans. L’Iran occupe la première place mondiale pour l’importance de sa jeunesse. Or l’économie iranienne n’offre aucune perspective à ces jeunes générations dont le niveau de vie tend inexorablement vers le bas. Aucun projet cohérent de développement économique n’a été élaboré ou en préparation dans les bureaux d’un gouvernement prétendument libéral qui a trahi toutes ses promesses. La colère gronde dans les générations montantes et elle est à la mesure du désespoir engendré par la totale d’absence d’avenir qui obstrue l’horizon de notre jeunesse. Un parallèle peut d’ailleurs être fait, sans aucune exagération, entre les jeunes palestiniens enfermés dans les ghettos sans avenir des territoires autonomes et l’Iran sans futur, clos sur lui-même, sans projet de société. Le régime théocratique ne propose rien. Dans un cas comme dans l’autre, le potentiel explosif du désespoir social et humain n’est pas véritablement pris en compte par les prétendus décideurs politiques. Et dans les deux cas, les politiques répressives n’auront qu’un temps. Tôt ou tard, la répression atteindra forcément les limites du supportable, et ce moment n’est plus loin, si la négociation pour des changements radicaux ne prennent pas rapidement le relais.
Pour avoir une idée de la situation telle qu’elle se présente maintenant en Iran, il faut savoir que si le seuil de pauvreté se situe à 150 mille tomanes par mois, un enseignement ne perçoit que cinquante mille tomanes par mois contre 600 000 à un gardien de la révolution c’est-à-dire 12 fois moins ! 25 000 enfants, proies désignés de la violence, de la prostitution, errent dans les bas quartiers de Téhéran. Or le gouvernement et le parlement n’ont qu’un pouvoir fictif. Seules la « justice » et les forces de l’ordre dirigent le pays. Outre les journalistes, cibles habituelles du régimes, un groupe de parlementaires avait été mis en état d’arrestation pour s’être cru autorisé à dénoncer à la tribune de l’assemblée la corruption qui sévit du haut en bas de la hiérarchie gouvernementale. Ces quelques exemples sont suffisamment édifiants pour apprécier l’état de déliquescence actuel de notre patrie.
Le mouvement réformateur a reculé honteusement. Il s’est avéré que Khatami n’a jamais été qu’un homme de paille, menteur et incompétent. Et lui aussi appartient au clan des corrompus. Mais la corruption ne se trouve pas seulement à la base, elle sévit au sommet du pouvoir, jusqu’à Khaménéï et son entourage.
Nous, opposants iraniens en exil, en concertations avec nos amis et nos frères qui œuvrent pour le renouveau de l’intérieur, nous connaissons la ré ponse à cette situation. Cependant le changement viendra d’abord des iraniens eux-mêmes. Toute solution venant de l’extérieur, plus ou moins dictée ou imposée par l’étranger comme le voudraient les Américains avec leur « Initiative Grand Orient », serait à terme vouée à la faillite. Il s’agit maintenant de reconnaître avec lucidité que la carte réformiste jouée en Iran par l’Europe n’a été qu’un leurre. Qu’il s’agit donc à présent pour l’Union européenne d’anticiper sur des changements en organisant la transition, en aidant au rassemblement des forces, des hommes et des partis, qui composent l’opposition iranienne en exil. C’est là sans doute le rôle et la vocation des Européens, au premier rang desquels la France et l’Allemagne qui doivent voir au-delà de leurs intérêts pétroliers à court terme. Les obstacles rencontrés par les pétroliers français en Iran du fait de la politique de rétorsions économiques des Etats-Unis, sont là pour éclairer la scène. Les uns s’obligent à appliquer des règles que contournent les autres. Sous couvert de respect des conventions internationales s’exerce l’impitoyable jeu de la concurrence économique et la course effrénée pour le contrôle des sources d’énergies fossiles. L’Europe doit voir son intérêt à long terme, elle être consciente que c’est maintenant que tout se joue. Elle devrait être avertie que le pragmatisme et l’opportunisme politique qui sont de règle outre Atlantique, ont dores et déjà fait le choix pour l’Iran de la subversion intérieure et un renversement rapide du régime théocratique.
La course est maintenant engagée entre l’Europe et l’Amérique pour savoir qui sera ou pourra être le partenaire privilégié d’un Iran républicain doté d’institutions démocratiques. L’Europe doit maintenant savoir que les conditions intérieures d’un basculement politique sont à ce jour réunies. Que la situation économique catastrophique exacerbe le mécontentement, que les manifestations d’hostilité ouverte à l’égard du pouvoir se multiplient sans que rien ne puisse les interdire, pas même la répression. Le rendez-vous est pris en Juillet avec les étudiants..
Que les américains, qui jusqu’ici avaient opté pour le statu quo et le maintien des ayatollahs au pouvoir, enlisé dans le bourbier irakiens, ont décidés de forcer la porte. L’Europe une fois de plus sera-t-elle à la remorque de la politique américaine ou décidera-t-elle de jouer rôle déterminant pour la paix et la stabilité au Proche-Orient en prenant l’initiative de soutenir l’opposition iranienne extérieure?
La question est posée. Aux instances européennes, aux hommes politiques de répondre clairement : veulent-ils un nouveau foyer de trouble et d’instabilité aux portes de l’Europe à l’heure ou la Turquie frappe à la porte de l’Union, ou veulent-ils de leur propre initiative, œuvrer pour l’émergence d’une sphère de co-prospérité empruntant la voie d’une paix équitable et durable au Proche Orient ?
10 Mars 2004