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Revue IRAN-INFO-PARS - 14
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

LES ETATS-UNIS & LEUR PROJET D’UN « GRAND MOYEN-ORIENT »

En quelques semaines, dirigeants, diplomates, experts en relations internationales se sont mis à parler du « Grand Moyen-Orient », certains avec inquiétude ou condescendance comme la dernière lubie en date de l’administration Bush, d’autres avec un réel ou prudent intérêt.
L’initiative occupe en effet depuis quelques semaines toutes les chancelleries occidentales. Les Etats-Unis ont proposé à leurs alliés européens de s’associer à un ambitieux plan appelé « Grand Moyen-Orient » et qui vise à bouleverser la donne politique et économique dans une région allant du Maghreb au Pakistan. Plusieurs volets – démocratisation, développement, sécurité – sont actuellement en discussion et Washington a fait de cette initiative l’essentiel de l’ordre du jour de la réunion annuelle début juin du G8, puis du sommet de l’OTAN à Ankara. Pour leur part les Européens tentent d’élaborer une position commune. La France ne cache pas ses réserves, estimant que le conflit israélo-palestinien doit être traité en priorité. L’expression s’est répandue comme une traînée de poudre.
L’Union européenne, obligée de définir une position commune, avait déjà rajouté ce sujet au menu de son sommet réuni fin mars.
Le projet des Américains consiste à définir, avec leurs alliés européens et leurs partenaires du G8, une stratégie globale susceptible de favoriser un cercle vertueux dans une région allant « du Maroc à l’Afghanistan ». Au sommet du G8, du 8 au 10 juin à Sea Island, en Floride, Washington a exposé à ses partenaires ses propositions liées aux aspects civils et politiques de leur « initiative ». Le volet sécurité est actuellement discuté au sommet de l’OTAN à Istanbul.
Pour Nicole Gnesotto qui dirige l’Institut d’études stratégiques de l’Union européenne, cette affaire est née des difficultés rencontrées par l’administration Bush non seulement sur le terrain irakien, mais dans les relations des Etats-Unis avec le reste du monde. « George Bush devait trouver une idée plus consensuelle que celle qui a présidé à l’intervention en Irak, dit-elle. En année électorale, il doit réconcilier l’Amérique avec ses alliés, ainsi que les différents courants de son administration, au moyen d’un concept dans lequel chacun puisse se retrouver. »
Cette analyse est partagée par nombre de responsables européens, qui rappellent d’autre part que le projet américain, à l’origine, tire son inspiration des idées de remodelage du Moyen-Orient développées par George Bush et fortement « inspiré » des grands programmes européens de co-développement pour la région. Mais, avec ce projet, l’administration Bush n’en reconnaît pas moins pour la première fois qu’il faut s’attaquer au sous-développement, à la pauvreté et aux retards économiques si l’on veut espérer extirper certanes racines du terrorisme et de l’instabilité politique. Une thèse que les Européens ne cessent de défendre.
Le premier à réagir publiquement en Europe a été Joschka Fischer. Lors de la rencontre Atlantique annuelle de Munich, le 7 février, le ministre allemand avait saisi avec enthousiasme la proposition américaine et développé la façon dont il envisage un partenariat euro-atlantique pour le Proche et l’Asie Centrale. Mais d’autres Européens, parmi lesquels les Français, restent beaucoup plus circonspects.
Le conflit israélo-palestinien
En premier lieu, pour Jacques Chirac, toute entreprise de stabilisation et d’aide a’ la réforme dans cette région doit être précédée d’un traitement à fond du conflit israélo-palestinien. A propos du volet politique et économique, l’Union fait d’ailleurs remarquer que l’Europe n’a pas attendu les Etats-Unis. Le « processus de Barcelone », lancé en 1995 entre la Communauté et les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, avait lui aussi pour but de nouer des relations stabilisatrices, en les tirant vers le développement économique et vers la modernisation des sociétés civiles. L’Europe a consacré depuis 1995 des milliards d’Euros à cette politique. Les Etats-Unis n’ont pour l’instant assorti leur projet que de crédits dérisoires se chiffrant tout au plus à 150 millions de dollars.
« Notre crainte, déclare un expert européen, est que les Etats-Unis veuillent se servir de nos instruments pour faire avancer leur vision géopolitique du Proche-Orient, et que, comme à leur habitude, ils essaient de faire financer leurs plans mégalomaniaque. »
A lire le document de travail américain préparatoire au sommet du G8, il est frappant de voir à quel point il reprend, jusque dans les détails, des idées de coopération déjà mises en œuvre par l’Europe avec ses voisins méditerranéens. Il puise ainsi sans complexe dans les conclusions du dernier sommet euro-méditerranéen consacré aux moyens de réduire la « fracture numérique ».
« Le pire des instruments »
Lors de la réunion des ministres européens des affaires étrangères, le23 février, Javier Solana, haut représentant de l’Union, a donc mis les choses au point : « L’impulsion doit venir de la région. L’Union européenne doit définir une approche distincte qui complète celle des Etats-Unis, et travailler à travers ses propres institutions et instruments. »
Quant à la dimension sécuritaire de ce projet et l’idée d’y impliquer l’OTAN, elle laisse perplexe à Paris comme dans les milieux bruxellois, où l’on estime que ce serait « le pire des instruments » et qu’il ne peut provoquer qu’une réaction de rejet.
Les premières réactions dans les pays concernés ont été effectivement négatives. Les dirigeants arabes soupçonnent en effet les Etats-Unis et non sans raison, de vouloir faire diversion par rapport à la question israélo-palestinienne. Ils n’ont d'ailleurs été informés des projets en gestation à Washington qu’indirectement par des diplomates européens. Procédé offensant qui leur a paru particulièrement de mauvais augure quant à l’idée du « partenariat » que se font les Américains.
En conséquence, ces dernières semaines, l’administration américaine s’est efforcée de corriger cette impression négative, à savoir que les Etats-Unis pourraient vouloir imposer une « démocratie clés en main » et aux besoins manu militari aux pays musulmans. A l’OTAN, les diplomates américains s’efforcent également de relativiser le volet sécuritaire du plan. « Plusieurs pays veulent des relations plus étroites avec l’OTAN, assure l’un d’eux. Il pourrait s’agir d’entraînement militaire, de formation d’officiers, d’assistance dans la lutte contre le terrorisme et la prolifération d’armes de destruction massive. »
Des Européens font remarquer qu’il s’agit là, peu ou prou, de tâches déjà identifiées dans le cadre du « Dialogue méditerranéen » et que l’Alliance Atlantique coopère avec sept pays de la région : Algérie, Maroc, Tunisie, Mauritanie, Egypte, Jordanie et Israël. « Mais avoir une même stratégie de l’Afghanistan, à la Mauritanie, cela n’a aucun sens », souligne l’un d’eux. En ce début de concertation, les divergences euro-américaines sur le « Grand Moyen-Orient » ne sont peut-être pas toutes insurmontables, mais elles sont réelles.
Les objectifs définis par George Bush
George Bush a évoqué à plusieurs reprises les objectifs d’une politique de « remodelage » de la région, notamment le 20 janvier 2004, dans son discours sur l’état de l’Union : « Tant que le Proche-Orient restera en proie à la tyrannie, au désespoir, à la colère, il continuera à produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité de l’Amérique et de nos amis. L’Amérique poursuit donc une stratégie de liberté au Proche-Orient. Nous allons défier les ennemis de la réforme. »
Le 26 février 2003, devant « l’American Enterprise Institute », le président expliquait encore: « Un Irak libéré pourra montrer comment la liberté peut transformer cette région qui revêt une importance extrême. (...) Il existe des signes encourageants d’un désir de liberté au Proche-Orient. Des chefs de file de la région parlent d’une nouvelle charte arabe qui prônerait la réforme intérieure, une plus grande participation politique, l’ouverture économique et le libre-échange. »