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Revue IRAN-INFO-PARS - 13
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

Les Britanniques furieux contre Washington

Pour Max Hastings, spécialiste des conflits, nul doute que les Américains ont perdu la bataille du renseignement. Leur absence de stratégie exaspère de plus en plus leurs alliés.

The Spectator (extraits)
Londres. Le plus étonnant dans le conflit irakien, c’est de constater le peu d’informations dont disposent les alliés. La communauté du renseignement se demande encore comment elle a pu donner l’impression de s’être à ce point trompée sur les armes de destruction massive. Et elle est tout aussi perplexe face au conflit actuel. Les renseignements sont inexistants. Tous ceux avec qui j’ai pu m’entretenir, que ce soit à Washington ou à Londres, reconnaissent qu’ils en sont réduits à jouer aux devinettes. En fait, l’Irak est aujourd’hui un pays où se procurer de grandes quantités de munitions est d’une facilité déconcertante. Beaucoup de gens, tant irakiens qu’étrangers, haïssent l’Occident pour les mêmes raisons qu’Al Qaida ou parce que la chute du parti Baas les a privés du pouvoir. Les insurgés disposent d’importantes liquidités, qui leur permettent de louer les services de quiconque est capable d’utiliser un missile portable. Ces derniers peuvent même affirmer à bon droit que l’histoire récente leur est favorable. La patience américaine face à l’adversité s’avère beaucoup plus fragile que la volonté locale de voir partir les GI.
Disons aussi d’emblée que l’Irak n’est pas le Vietnam. Les attaques de la guérilla contre les alliés restent pour l’heure relativement modestes. Mais les Britanniques estiment que la situation sur le terrain, en termes de sécurité, est bien pire que ce qu’en disent les médias. Tout bonnement parce que ces derniers ne s’intéressent qu’aux incidents qui font des victimes dans les rangs alliés. Déjà, des tensions se font jour entre l’administration américaine, qui commence à sous-entendre un rapatriement rapide des soldats afin de satisfaire aux exigences électorales de Bush, et les militaires, qui ont un besoin urgent de troupes supplémentaires. De plus, le gouvernement et l’armée britanniques maîtrisent à grand-peine la terrible colère que leur inspire l’équipe Bush. Pour commencer, quand ils font le bilan des contacts entre Britanniques et Américains au cours, disons, des dix-huit derniers mois, ils aboutissent au score final suivant : demandes et propositions formulées au sujet de l’Irak et d’un grand nombre de questions bilatérales, beaucoup ; secteurs où Washington a donné satisfaction à Londres, néant. Pour l’essentiel, cependant, l’ire britannique a pour cible l’échec de la politique américaine en Irak. Militaires et diplomates britanniques avaient anticipé pour ainsi dire chacune des calamités subies depuis lors. À plusieurs reprises, ils avaient attiré l’attention du Pentagone et de la Maison-Blanche sur les pièges de l’intervention. Et, à chaque fois depuis l’automne 2002, les Américains leur ont assuré qu’ils réfléchissaient à l’après-guerre. Ce qui n’était évidemment pas le cas. Les partisans britanniques de George Bush ont tort de taxer ses détracteurs d’antiaméricanisme. Il s’agit seulement de reconnaître froidement que les alliés se trouvent aujourd’hui dans une situation catastrophique en Irak, conséquence directe des coupables négligences de Bush, Rumsfeld, Wolfowitz et leurs amis, qui ne savent rien du comportement humain de sociétés autres que la leur.

Bien avant la guerre, on leur a dit et répété que la liesse et la gratitude irakienne pour la chute de Saddam Hussein dureraient cinq minutes, et qu’ensuite il faudrait déployer d’énormes effectifs pour maintenir la sécurité. Les Britanniques ont enjoint aux Américains de ne pas démanteler l’armée irakienne, mais au contraire de la maintenir et de continuer à verser leur solde à ses soldats. Ils ont dénoncé sans ambages la politique léniniste du président Bush, qui a déclaré aux Irakiens : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. » Ils ont rappelé qu’il serait en revanche plus sage de traiter comme un ami potentiel tout Irakien qui ne prendrait pas les armes contre l’occupant. En vain.
Les Britanniques n’ont aucune confiance en Paul Bremer, le suzerain américain de l’Irak, dont le processus politique qu’il tente de mettre en place progresse à la vitesse de l’escargot. Quant à l’efficacité de l’armée américaine, il m’a été donné, il y a quatre ans, d’assister à Paris à une conférence franco-anglaise sur le maintien de la paix. Les militaires et les diplomates présents, ayant en commun une grande expérience de la reconstruction de sociétés en ruine, étaient unanimes. Jamais il ne faut demander aux Américains de s’occuper de maintien de la paix, ils en sont incapables.