Khatami
ne motive plus les jeunes iraniens
Quant à leurs sentiments vis-à-vis
du refus de ces candidatures, une majorité s’en
déclarait « heureuse », alors que pour
les autres cela « n’a pas d’importance ».
Plus de 50 % des jeunes sondés estiment que les
candidats qui mènent ce mouvement de fronde perdront
des voix et que, de toute façon, leur popularité est
en baisse. Quant à savoir quelle devrait être
l’attitude du président Khatami, une forte
majorité se dégage pour affirmer qu’« il
n’a, pour nous, fondamentalement aucune importance ».
Par ailleurs, la plupart de ces jeunes affirment qu’ils
ne participeront pas à ces élections.
Bien que l’échantillon de ce sondage soit assez
limité, il permet tout de même de tirer certains
enseignements quant à la façon dont les jeunes
iraniens qui habitent dans les grandes villes appréhendent
la réalité politique de leur pays. On constate
ainsi tout d’abord que les jeunes se sont complètement
détournés de Mohammad Khatami et de ses amis
politiques. En effet, le destin du président de la République
islamique et des formations politiques qui le protègent
n’a plus pour eux la moindre importance.
Cette indifférence est arrivée à un tel
point que les jeunes iraniens en viennent même à se
réjouir que les candidats réformateurs se voient
désormais interdire de campagne électorale par
la droite conservatrice ; et, quand cela ne les réjouit
pas, cela ne les dérange pas non plus. Dans ce contexte,
le régime semble être incapable de mobiliser politiquement
les masses, en tout cas dans les grandes villes, et de les
pous–ser à participer aux élections législatives
du 20 février prochain. Même en
imaginant que toutes les candidatures soient finalement avalisées,
rien ne semble pouvoir empêcher que le scénario
de l’élection des conseils municipaux (remportée
par les conservateurs) ne se reproduise, mais à une échelle
encore plus importante cette fois. Il faut donc bien constater
que le sit-in de protestation organisé au Madjlis par
les candidats réformateurs n’a pas eu de véritable écho
dans l’opinion publique qui, au pire, l’a perçu
comme une manœuvre politique censée susciter un
regain d’intérêt pour le processus électoral.
L’influence des télévisions satellites émettant
en persan depuis l’étranger – malgré leur
manque patent de professionnalisme – est, celle, de plus
en plus évidente. Quant aux personnalités issues
de la droite modérée, elles semblent pouvoir
aborder le scrutin législatif avec de meilleures chances
de succès que des personnalités comme Mohtashami,
l’un des fondateurs du courant de la gauche islamique.
La gauche réformatrice, qui n’est donc plus en
mesure aujourd’hui de représenter les aspirations
du peuple et du mouvement étudiant et qui a aussi perdu
la main en termes de soutien international, semble condamnée.
Khatami et sa coalition de la gauche réformatrice, qui
a incontestablement marqué la politique moderne de l’Iran,
fait donc maintenant partie de l’Histoire.