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Revue IRAN-INFO-PARS - 11
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

Le régime iranien multiplie les interpelations

Les ONG demandent que la lumière soit faite sur la mort de la photojournaliste Zahra Kazemi.
La mort en détention, le 11 juillet de la photojournaliste irano-canadienne Zahra Kazemi, dix-huit jours après son arrestation alors qu’elle prenait des clichés devant la prison d’Evin à Téhéran, a soulevé une vague d’indignation et de réprobation de la part de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.
Celles-ci tout en prenant acte de l’annonce par le président Mohammad Khatami de l’ouverture d’une enquête, craignent visiblement que cette affaire ne soit étouffée dans les luttes de pouvoir en l’absence d’un Etat de droit en république islamique comme le montrent une avalanche d’interpellations opérée ces dernières semaines.
Le cafouillage qui a continué de prévaloir concernant les circonstances du décès de Mme Kazemi inquiètent Abdol Karim Lahidji, président de la Ligue de défense des droits de l’homme en Iran (LDDHI, affiliée à la Fédération internationale des droits de l’homme – FILDH).
M. Lahidji note que des versions contradictoires ont été données par les autorités iraniennes. Alors que le vice-président iranien, Mohammad Ali Abtahi, admet-
tait, le 16 juillet, que Zahra Kazemi « est décédée des suites d’une hémorragie cérébrale après avoir été battue », le même jour, le ministre des affaires étrangères canadien, Bill Graham, disait tenir de son homologue iranien, Kamal Kharrazi, que Mme Kazemi « pourrait avoir fait une chute, ou être morte accidentellement ».
Des « informations contradictoires circulent [aussi] sur l’inhumation » de Mme Kazemi, relèvent par ailleurs la LDDHI et le FIDH, dans un communiqué publié vendredi 18 juillet. Les deux ONG ont identifié les auteurs de l’arrestation de Mme Kazemi : « des hommes en civil appartenant aux milices qui, dirigées par le procureur général de Téhéran, Saïd Mortazavi, avaient procédé aux arrestations de leaders étudiants, de journalistes, et commis des actes de violence pendant les manifestations d’étudiants », en juin. Elles demandent qu’une « mission internationale d’enquête indépendante et impartiale, composée de médecins légistes et de juristes », soit chargée d’élucider cette affaire, d’« évaluer les responsabilités individuelles engagées dans le décès et [d’]ordonner la poursuite des personnes responsables devant les tribunaux indépendants et impartiaux ». Cette mission devra, selon elles, « intégrer le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’opinion et d’expression, dont la visite, initialement autorisée, a été repoussée à une date indéterminée par les autorités iraniennes ».
M. Lahidhji, qui est en contact avec les enfants de la victime, a déclaré au Monde que Mme Kazemi est restée deux semaines dans le coma après avoir été transférée à l’hôpital Baghiatollah de Téhéran, géré par les Gardiens de la révolution. Les membres de sa famille en Iran ont aussitôt saisi le Parlement, qui s’est adressé au chef de la justice de Téhéran. Ce dernier a renvoyé l’affaire devant le procureur général, qui a fini par délivrer une autorisation de visite... quatre jours après le décès.
Dans un communiqué publié le 15 juillet, Amnesty International avait déjà réclamé l’ouverture d’une enquête « indépendante et impartiale », conformément aux « obligations » de la République Islamique en vertu des « traités internationaux relatifs aux droits de l’homme ». L’organisation de défense des droits de l’homme demandait aux autorités iraniennes de « prendre des mesures concrètes destinées à mettre fin à toute forme de maltraitance en République islamique, telle l’adhésion à la Convention de l’ONU contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ».
Comme le dit M. Lahidji, l’Iran est actuellement de facto sous une forme d’état de siège, les droits de l’homme étant soumis à de sévères violations, en particulier depuis la récente révolte des étudiants. Le Comité international pour la transition à la démocratie en Iran s’en était déjà inquiété dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, fin juin. Les membres de ce Comité sont des hommes d’esprit, de lettres et de sciences, tels Pierre Vidal-Nacquet, Samir Amin, Régis Debray, Albert Jacquard, Jean Ziegler.
La FIDH et la LDDHI rappellent pour leur part que « des dizaines de leaders étudiants et de journalistes sont détenus dans des lieux inconnus » et que « près de 2 000 personnes sur les 4 000 interpellées lors des manifestations d’étudiants, sont toujours en prison ».
Mercredi, le président Khatami a demandé à deux de ses ministres d’enquêter sur la vague d’arrestation de journalistes. La veille, Hossein Farrokhi, directeur du mensuel Cinéma-Théâtre, avait été interpellé, portant à six le nombre de journalistes arrêtés en moins d’une semaine. Il est accusé d’avoir publié des photos de femmes ne respectant pas le code vestimentaire islamique.
Avec son arrestation, ce sont 24 journalistes qui sont actuellement en prison. Depuis 2000, la justice a suspendu près de 100 journaux, en majorité réformateurs.

Mouna Naïm – Figaro, 21/07/03