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Revue IRAN-INFO-PARS - 10
Périodique de l'Organisation de Pars et le Comité pour le Renversement

L'AIEA s'inquiète de l'opacité entretenue par l'Iran sur ses programmes nucléaires

Une réunion difficile du conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) s'est ouverte à Vienne, lundi 16 juin. A l'ordre du jour figure l'épineuse question de l'Iran, dont l'ambitieux programme nucléaire, révélé durant l'été 2002 par des opposants iraniens, laisse craindre des intentions moins pacifiques que Téhéran ne veut bien l'admettre.
Dans son rapport aux gouverneurs, un document confidentiel dont Le Monde a pu se procurer une copie, le directeur général de l'Agence, l'Egyp-tien Mohamed ElBaradei, constate pour la première fois que l'Iran « ne s'est pas acquitté des obligations qui lui incombent » dans le cadre du traité de non-prolifération (TNP) auquel il est lié depuis 1974. Téhéran a omis à plusieurs reprises de déclarer « en temps voulu » toutes les matières nucléaires dont le pays dispose, « leur traitement et utilisation ultérieurs », ainsi que des « installations où ces matières sont entreposées et traitées ».

Entre autres motifs d'inquiétude, le directeur général mentionne le transfert illicite vers l'Iran, en 1991, de 1,8 tonne d'uranium naturel, semble-t-il d'origine chinoise. Cette opération a longtemps été tenue secrète tant par le pays fournisseur que par le destinataire, qui n'ont avoué qu'après « des demandes répétées de l'Agence ». La quantité en jeu a beau être « peu importante », « elle n'est toutefois pas négligeable au regard de la capacité d'un Etat de mener des activités de recherche-développement ».
Ce rapport évoque également les soupçons qui pèsent sur les ateliers de la Kalaye Electric Company, à Téhéran, où les scientifiques iraniens utiliseraient des centrifugeuses pour enrichir l'uranium. Malgré l'insistance de M. ElBaradei, les inspecteurs de l'AIEA n'ont d'ailleurs pas été autorisés, la semaine dernière, à y prélever des échantillons, seule procédure permettant d'établir l'absence d'activités illicites. « L'Iran n'était pas légalement obligé d'accepter, résume un responsable de l'Agence. C'était juste un test de sa bonne foi. »
Enfin, s'il reconnaît que les autorités de Téhéran ont pris récemment des mesures correctives, le rapport souligne que ces omissions répétées restent « un motif de préoccupation ».
L'agence s'efforçant encore, au stade actuel, de vérifier « l'exactitude » et « l'exhaustivité » des déclarations officielles iraniennes.
Une telle vérification est d'autant plus malaisée que l'Iran n'a pas signé le protocole additionnel à l'accord de garanties du TNP, mis en place après la découverte du programme d'armement clandestin de l'Irak, dans les années 1990. Ce protocole permet à l'Agence de mener des inspections surprises et renforcées. M. ElBaradei rappelle qu'il a « plusieurs fois encouragé l'Iran » à faire ce « grand pas en avant ». Car tant qu'un tel protocole n'est pas en vigueur, « la capacité de l'Agence de donner des assurances crédibles quant à l'absence d'activités nucléaires non déclarées » reste « limitée ».
L'AIEA est encore sous le choc des « découvertes » faites depuis dix mois. En août 2002, un groupe d'opposants au régime islamique de Téhéran dévoilait l'existence d'une usine d'enrichissement de combustible à Natanz – dont les installations sont en grande partie enterrées – ainsi que d'une unité de production d'eau lourde, à Arak, sous couvert d'un réacteur de recherche. Mais la filière à eau lourde peut déboucher assez vite sur la production de plutonium de qualité militaire, dès lors qu'on retraite le combustible.
« Pourquoi les autorités ont-elles déclaré tout cela aussi tard ? », répète-t-on à l'Agence. Ce n'est qu'en septembre, à la conférence générale de l'AIEA, que le président de la commission atomique iranienne (et vice-président de la République islamique), Reza Aghazadeh, a confirmé que son pays veut se doter dune capacité de production de plus de 6 000 mégawatts au cours des deux prochaines décennies, afin de couvrir ses besoins croissants en énergie. Or l'Iran, ont calculé les Américains, brûle chaque année dans ses torchères quelque 4 000 mégawatts de gaz naturel, soit quatre fois la capacité de la centrale nucléaire de Busher, que construisent les Russes.
Repoussée à février 2003, la visite de M. ElBaradei à Natanz a attisé les craintes de l'Agence. Le programme nucléaire iranien a frappé les experts par son ampleur et sa sophistication et relancé les questions. Comment serait-il arrivé à ce stade sans essais utilisant des matières nucléaires, bien qu'officiellement tout se soit passé par simulation ? Quelle est la destination de l'uranium métal que l'Iran reconnaît avoir produit depuis 2000, alors que ni les réacteurs à eau ordinaire ou à eau lourde prévus ne l'emploient comme combustible ? Et quel est l'usage des techniques laser, sur lesquelles l'Agence « poursuit son enquête » ?
Les explications données par M. Agha-zadeh devant le conseil de gouverneurs, le 6 mai à Vienne, n'ont guère convaincu. « Il n'a livré qu'un semblant de transparence et soulevé plus de questions qu'il n'en a résolues », affirme un diplomate occidental.
L'AIEA ne veut pas brusquer un pays qui demeure dans un dialogue avec l'Agence et peut trouver des alliés au sein du groupe des 77, irrités par la campagne de Washington contre Téhéran et le refus obstiné d'Israël d'adhérer au TNP. L'Iran siégeant au conseil des gouverneurs, les Etats-Unis ont dû abandonner le projet d'une résolution offensive contre Téhéran. La formule qui sera probablement retenue sera une déclaration de M. ElBaradei consistant en un rappel à l'ordre. Mais au sein de l'Union européenne, qui négocie depuis des mois un accord de coopération commerciale avec Téhéran, l'idée se fait jour d'une clause exigeant l'adhésion ferme des Iraniens au protocole additionnel.
Joëlle Stolz